Le versant contemporain et familial du mélodrame ne m'était pas du tout clair chez Zhang Yimou avant de regarder "Riding alone : Pour un fils", mais c'est uniquement parce que ses grands films commerciaux d'époque (avec ou sans l'option arts martiaux) prennent de facto le dessus sur le reste. En réalité, si on repense à "Ju Dou", à "Qiu Ju", voire même à l'épreuve traversée par l'héroïne de "Pas un de moins", et si tant est qu'on soit un peu trop obnubilé par la politique des auteurs au point de chercher inlassablement des fils rouges au sein de filmographies dictées par des impératifs radicalement antagonistes, on peut détecter une certaine continuité.
Le principe de la rencontre entre cultures chinoise et japonaise n'est pas un ressort inerte en soi, et finalement on découvre en même temps que le personnage du père japonais (Ken Takakura) tout un pan de l'opéra chinois, sous couvert d'un argument mélodramatique assez lourd : son fils est mourant, ce dernier refuse de le voir alors qu'il a parcouru des milliers de kilomètres pour venir à sa rencontre, et propulsé par un lourd passif familial qu'on devine entre les lignes, il va apprendre à connaître sa progéniture en poursuivant l'œuvre qu'il avait laissé inachevée. La thématique de la relation brisée entre père et fils est presque par nature extrêmement indigeste, en tous cas quand elle est abordée de manière aussi classique et frontale. Le père qui découvre des traits de personnalité de son fils en découvrant son environnement, et chemin faisant, qui répare les blessures qui existaient entre les deux... Et forcément, le fils alité qui ne veut pas voir le père, puis qui change d'avis lorsqu'il est parti, avec cancer en phase terminale, c'est bien lourd et à titre personnel ça n'aide pas du tout à impliquer des émotions nobles.
Bon, il reste le voyage dans la province du Yunnan, qui parvient à effacer de temps à autres la lourdeur de la recherche du pardon. Mais rien de fulgurant, et rien qui n'atteigne même de loin le bouleversement émotionnel visé.