Un soir,dans un saloon de la petite ville de Rio Bravo,un voyou nommé Joe Burdette s'amuse à humilier l'ancien shérif adjoint Dude,devenu une épave alcoolique.L'autoritaire shérif John T. Chance intervient mais ça tourne à la castagne et Burdette finit par abattre un homme désarmé.Chance l'arrête et l'emprisonne,mais il y a un hic:le détenu est le frère de Nathan Burdette,un puissant rancher de la région,qui compte bien libérer son frangin.Il est à la tête de toute une troupe de pistoleros professionnels alors que le shérif ne peut compter que sur Dude,qu'il a réengagé en dépit de son addiction à la gnôle,et Stumpy,un vieillard boîteux à grande gueule.Aïe aïe aïe,on l'a tant aimé celui-là,qui est encore à l'heure actuelle considéré comme un incontournable chef-d'oeuvre du cinéma mondial.Pourtant ça a très mal vieilli et,sans être mauvais,ça fait pâle figure aujourd'hui.Techniquement c'est du solide,le réalisateur-producteur Howard Hawks connait son affaire et livre un bel objet visuel.Sa maîtrise du cadrage est évidente et son utilisation de la profondeur de champ pertinente,avec des plans en longueur superbes au long des rues de la bourgade,des couloirs de l'hôtel ou des salles de bistrots.C'est richement produit à tous les stades de fabrication,qu'il s'agisse des décors de Ralph S. Hurst,typiques des petites villes du Far West,des costumes de Marjorie Best ou encore des armes ou des chevaux.Plus encore,il y a la magistrale photo immersive de Russell Harlan et surtout la splendide musique de Dimitri Tiomkin,grand spécialiste du western qui s'est surpassé pour l'occasion et signe un des plus beaux scores de l'Histoire du genre.Bref Hawks,entouré de techniciens et d'acteurs habituels de ses films,ne s'est pas loupé sur l'aspect esthétique de l'oeuvre.Hélas on ne peut en dire autant du scénario de Jules Furthman et Leigh Brackett,pourtant de grands auteurs hollywoodiens,adaptant une nouvelle de B.H. Campbell.C'est terriblement long et lent,et il ne se passe à peu près rien pendant les trois quarts du film.Certes,faire un western psychologique peut être une bonne idée,on n'est pas obligé de voir un gunfight toutes les deux minutes,mais entre ça et le vide lamentable qui prévaut ici,il y a quand même une marge.On attendait de l'action,on se retrouve avec un psychodrame à deux dollars sur les trois A,Amour,Amitié,Alcoolisme.Si encore c'était traité avec une certaine densité,ça pourrait aller,mais là ça s'étire mollement sur plus de deux heures et ça tourne sérieusement en rond entre deux ou trois décors vu que la cité est censée être encerclée par les bandits et que les héros ne peuvent en sortir.A défaut,on assiste aux déambulations de Chance,qu'on voit environ une vingtaine de fois décrocher son fusil du râtelier dans son bureau avant d'aller faire un tour en ville,principalement à l'hôtel où il flirte avec une belle joueuse de cartes qui est tombée amoureuse de lui en trois coups les gros alors qu'Angie Dickinson avait 24 ans de moins que John Wayne.C'est répétitif et ça mouline au gré des états d'âme et des tentations de Dude,qui finalement réussit son sevrage avec une étonnante facilité,des braillements insupportables de Stumpy et des hésitations d'un jeune tireur d'élite,Colorado,qui ne veut au départ pas rejoindre la team shérif mais finira par y aller quand même.Heureusement,le duo de la belle Angie et du rustre John fonctionne,avec des dialogues subtilement écrits et une bonne performance des acteurs,la raideur empruntée de Wayne et le charme fine mouche de Dickinson se mariant agréablement.Et les affreux,direz-vous?C'est vrai ça,on avait fini par carrément les oublier tellement on les voit peu.De temps à autre ils surgissent pour réveiller le spectateur de sa somnolence,pour quelques scènes d'action assez mal gaulées.Sinon,les mecs sont nuls de chez nuls.En dépit de leur supériorité numérique et de leurs talents supposés de tueurs à gages,ils se font tous dégrouper comme des cons,tels des baudruches à la fête foraine,sans parvenir à toucher une seule fois leurs adversaires.Il faut dire aussi que les stratégies de leur chef Nathan sont complètement claquées au sol.N'importe quel crétin dans sa situation aurait vite réglé le problème,mais lui non,il tergiverse,il réfléchit,il fait traîner,il invente des scénarios stupides et se plante à chaque fois,bien qu'il arrive pendant la projection à capturer une fois Chance et deux fois Dude.En résumé,"Rio Bravo" est décevant et perd à être revu avec un regard expérimenté,malgré des qualités certaines.La plupart des comédiens sont excellents,notamment un Wayne coutumier de ces exploits virils et de cette incorruptibilité inexorable.Angie Dickinson est très séduisante et manoeuvre brillamment le pataud shérif tout en conservant une innocence naïve.Dean Martin se la donne grave dans son rôle de poivrot repenti luttant pour retrouver sa dignité et se révèle plutôt convaincant.Ricky Nelson,avec sa gueule d'ange,campe un Colorado charismatique et nous offre une des très bonnes scènes du film lorsqu'il entonne avec Martin le sublime "My rifle,my pony and me",et c'est là qu'on se dit que Hawks a eu une bonne idée en engageant deux acteurs-chanteurs.Nelson privilégiera sa carrière discographique,"Rio Bravo" étant le troisième opus d'une filmo qui n'en comprendra au final que six.Ward Bond fait le job sans plus en patron de ranch ami de Chance,mais son rôle sera très court.On voit également peu Claude Akins,un des très bons méchants du ciné US de l'époque,mais il imprime bien la pellicule en racaille vicieuse irrécupérable qui passera presque tout le film dans une cellule.John Russell a aussi la gueule de l'emploi en puissant aux méthodes illégales,mais peine à combler la faiblesse de son personnage malgré son impressionnant visage anguleux.Ca va beaucoup moins bien avec la foire aux débiles emmenée par l'éternellement imbuvable Walter Brennan,qui nous sort un de ses tragiques numéros de vieux con rigolo pote de Wayne,chacune de ses apparitions étant une épreuve pour le spectateur.On remarque d'ailleurs que l'humour qui imprègne le récit ne marche pas du tout,c'est lourd et ça engendre des ruptures de ton définitivement malvenues.Pareil pour l'avorton mexicain Pedro Gonzalez Gonzalez en hôtelier hilare qui sert plus ou moins de larbin au shérif et nous gratifie de quelques scènes de ménage pénibles à défaut d'être drôles avec la tout aussi désastreuse Estelita Rodriguez qui joue son épouse,ces deux clowns contribuant notablement à envoyer le film dans le décor avec leurs regrettables excès imbéciles.Notes et critiques de films de Howard Hawks publiées précédemment:voir critique "L'impossible M. Bébé".Nouvelle moyenne:5,1.

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le 12 févr. 2026

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