Roger Dodger
6
Roger Dodger

Film de Dylan Kidd (2002)

Un film qui pour moi a merveilleusement fonctionné grâce au charme fou de ses personnages principaux aux antipodes l'un de l'autre. Le temps d'une soirée et d'une nuit, on va faire la connaissance et suivre les aventures new-yorkaises de Roger, quarantenaire cynique et "expert en séduction", et de Nick son neveu de 16 ans venu de province pour perdre sa virginité.

C'est très bavard, la caméra bouge beaucoup et c'est souvent fatigant visuellement (beaucoup de gros plans), mais les portraits psychologiques et les dialogues sont passionnants. L'oncle Roger est particulièrement complexe et opaque, arborant pendant tout le film le masque, les mots et l'attitude du parfait connard mysogyne et antipathique, mais dont on sent que cet acharnement à se faire détester cache des blessures anciennes et une amertume. On ne saura rien de l'origine de cette attitude arrogante et insupportable. En face, il y a Nick, l'innocence incarnée, qui ne connaît rien à l'amour et attend tout de cet oncle à la réputation sulfureuse qui prétend ramener chez lui une femme différente chaque soir. Entre Roger, sûr de lui (en apparence) et débordant de théories assassines sur le sexe et les femmes, et Nick, timide, maladroit et d'une désarmante franchise, le contraste est énorme et fait tout le sel de cette odyssée nocturne.

Sur leur route, ils vont évidemment croiser des femmes dans un bar, une soirée chic. Celles-ci vont rapidement être rebutées par l'arrogance et le sexisme de Roger et malgré leur longue expérience de l'amour, être conquises et touchées par la fraîcheur et la douceur de l'adolescent. Les échanges entre elles et Nick sont très sexy, notamment grâce à des gros plans d'une incroyable intimité.

La scène du premier baiser (pour Nick) échangé entre Jesse Eisenberg et Elizabeth Berkley est d'une sensualité peu commune.

C'est à la fin de cette scène que l'oncle Roger va nous surprendre et devenir plus ambigu et énigmatique :

Son attitude détestable va se révéler faire partie d'une stratégie destinée à dégoûter les deux femmes pour les pousser vers son neveu. Le truc du "méchant flic et du gentil flic", comme il dit.

Ce qui m'a le plus surprise, c'est que le film, qui commence comme une comédie un peu prévisible, n'hésite pas ensuite à s'enfoncer dans la noirceur et même le malaise au fur et à mesure de la soirée pour finir dans le glauque le plus dérangeant. On passe de deux jeunes femmes draguées avec légèreté dans un bar à une femme d'âge mûr éméchée dans une soirée chic, pour finir dans un bordel souterrain hyper sordide. Plus la soirée avance et plus l'initiation de Nick prend des allures de descente aux enfers. La scène dans la chambre avec la femme ivre m'a mise très mal à l'aise, mais celle avec la prostituée m'a carrément dérangée physiquement. L'oncle Roger devient un pygmalion de plus en plus maléfique et la soirée commence à déraper sérieusement. Etonnant de voir un film américain aller aussi loin dans le politiquement incorrect. J'ai ressenti ces deux scènes comme des viols,

heureusement interrompus. Le premier par Nick, qui finalement renonce à profiter de l'inconscience de la femme ivre - comme le lui suggérait Roger - et le second par Roger lui-même qui soustrait au dernier moment son neveu au manque de délicatesse (euphémisme) traumatisant d'une prostituée.

Même si on revient vers la lumière à la fin, pas de happy end qui aurait été malvenu après cette noirceur inattendue, mais une jolie conclusion indécise.

Le casting est génial. Outre un beau trio d'actrices (Isabella Rossellini, Jennifer Beals et Elizabeth Berkley), les deux acteurs principaux sont fabuleux de justesse et leurs personnages sont vrais. Qui d'autre que l'adorable Jesse Eisenberg (18 ans) aurait pu jouer l'innocence avec cette fraîcheur et cette crédibilité ? Quant à Campbell Scott, que je connais mal, il m'a beaucoup impressionnée.

Mairrresse
8
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le 28 mars 2026

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Maîrrresse

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