Romería
6.4
Romería

Film de Carla Simón (2025)

En trois long-métrages, on pourrait déjà dire de Carla Simòn qu’elle est une cinéaste caractérisée par son penchant autobiographique systématique. Aussi, son « Romería » fait presque penser à une suite d’« Été 93 », tant les deux films disposent de similarités dans leurs récits respectifs. Mais malheureusement, « Romería » est bien moins bon, gâché par une approche trop personnelle et transparente de son sujet, lui donnant l’allure d’un journal intime, sauf que de bonne intention et une forte personnalité ne font pas un film. D’entrée « Romería » nous fait des manières, nous encerclant des intentions de la réalisatrice laquelle propose deux régimes d’image : l’un classique, l’autre tourné par l’héroïne à l’aide d’un camescope DV dont elle se serre pour filmer les lieux que ses parents fréquentaient avant de mourir. Le cinéma comme lieu retrouvé, l’image comme rencontre temporel, la caméra comme accès à la famille que l’héroïne (et Carla Simòn elle-même) n’a jamais eu. Dis comme ça, c’est beau, et même prometteur. Mais l’idée s’épuisent vite, tout simplement car Simón refuse de sortir du carcan de l’intime, tendant à son spectateur un miroir sur lequel il ne verra que le reflet de la cinéaste. On a presque l’impression de la voir diriger ses acteurs, de se perdre dans les méandres de cette belle histoire synthétique à l’écriture peu inspirée et conduisant à un troisième acte sous forme d’ersatz d’« Alice au pays des Merveilles ». Comment le film, en partant d’un postulat si clair, parvient-il à devenir si embarrassant ? « Romería » se laisse embarquer dans tous les clichés du drame familial et du film à non-dit, prenant systématiquement le parti de son héroïne et ne résistant pas à l’idée de systématiquement tout montré. C’est très illustratif, et le montage n’aide en rien, manquant de densité, le film ne s’intéressant qu’à sa visée cathartique, et prouvant cela à travers une dernière partie annulant les autres par la voie d’une explicitation forcée et grossièrement posée. C’est comme si la reconstitution de son histoire étouffait la réalisatrice, et sa mise en scène, comme si elle y abandonnait son souffle dans un assommant manque (ou un excès ?) de rigueur, peut être engendré par la peur qu’éprouve la cinéaste en revenant sur ses propres traces. À la fin, le « Romería » accélère, comme si la cinéaste souhaitait le terminer au plus vite. Il est déjà trop tard, mais c’est au moins un signe de lucidité.

JoggingCapybara
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le 26 mai 2025

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