Bizarrement le seul Ken Loach de ma liste, mal-aimé de la critique chez nous, est un Loach atypique - politique certes, contestataire assurément mais moins ancré dans la société britannique et sa misère, l'essentiel du récit de ce "Route Irish" se déroulant à Liverpool mais avec pour toile de fond un crime de guerre commis durant la deuxième guerre du Golfe. Pour autant, l'équilibre entre tension du thriller, réalisme de l'enquête et noirceur désespérée des trajectoires humaines donne au film une puissance assez incroyable (formellement c'est aussi l'un de ses plus réussis, pour moi), et en s'attaquant à la privatisation des conflits par le gouvernement américain via la sous-traitance des interventions armées en Irak confiée à des compagnies paramilitaires étrangères, c'est finalement une allégorie des travers déshumanisés de la mondialisation que livre ici l'auteur de "Kes" et "Moi, Daniel Blake".