"Rue Malaga" : tragi-comédie de la réalisatrice du remarquable et formidable "Le bleu du caftan". Son nouveau film l'est tout autant. L'interprétation des acteurs est parfaite, pour les rôles secondaires comme pour les rôles principaux. Carmen Saura incarne Maria Angeles, une vieille dame coquette et sensuelle. Cette dernière vit à Tanger, ville dans laquelle elle est née et a toujours vécu, au sein d'une communauté espagnole qui s'est constituée dans les années 1930, par des ressortissants espagnols ayant fuit le franquisme et qui se sont établis dans cette ville marocaine aux portes de l'Espagne. Maria Angeles se fait une joie d'accueillir sa fille Clara qu'elle voit peu et qui vit à Madrid. Mais Clara annonce à sa mère qu'elle a décidé de vendre l'appartement familial dont elle est devenue la seule propriétaire au décès de son père, car elle est financièrement prise à la gorge à la suite d'un divorce. Maria Angeles refuse de partir vivre chez sa fille à Madrid et se voit dans l'obligation d'intégrer une maison de retraite. Maria Angeles qui était tout sourire, vivant avec bonheur et légèreté dans la rue Malaga au milieu des petits commerces, reconnue par les uns et les autres, devient taciturne. Elle décide alors de déserter cette maison de vieux à l'insu de sa fille et, par sa débrouille, va réintégrer l'appartement en vente et récupérer son mobilier. Au cours de ses manœuvres au cours desquelles elle recouvre la joie et la chaleur des relations humaines, elle va rencontrer l'amour : un amour profond et exaltant à un âge avancé, qui n'a rien à envier aux amours juvéniles. Mentions spéciales pour plusieurs scènes particulièrement touchantes et réussies : Maria Angeles cuisinant avec sensualité ; l'image érotique des corps matures s'adonnant à la tendresse et à l'amour filmés avec pudeur ; les visites à sa vieille copine religieuse qui a fait vœu de silence et à laquelle elle se confie, notamment sur sa rencontre amoureuse avec drôlerie et grivoiserie ; la scène finale au cours de laquelle Clara, sans un mot et par ses seuls regard et gestes, renoue avec ses sentiments dont elle s'était coupée. Un excellent cinéma humaniste qui offre une belle vision de ce que peut être d'être vieux !