"Sorry, Baby" : premier film très juste et touchant d'une jeune réalisatrice qui incarne le personnage principal. Le scénario est structuré en différents chapitres, dont chacun des titres commence par "L'année de...". On suit l'héroïne avant, pendant et après l'événement qui marque sa vie de jeune adulte, celle d'un viol. On n'est dans un milieu universitaire d'une Amérique états-unienne profonde (belles images de la nature l'hiver), bien loin de la représentation du viol. L'agression n'est pas filmée en tant que telle; elle est suggérée avec pudeur et force froide. L'on voit dans un long plan fixe, la maison du crime dans laquelle la jeune femme entre et ressort ; les scènes qui précèdent, mettent en évidence que la jeune femme sera la proie d'un prédateur, homme socialement inséré et a priori respectable.Le viol est ensuite raconté factuellement par la jeune femme à son amie à laquelle elle est fortement liée : une horreur ordinaire. La jeune femme poursuite sa vie tant bien que mal. Elle trouve auprès de son amie un soutien moral précieux. Avec un jeune voisin elle renouera avec une sexualité positive empreinte d'humour sur la masculinité. Le titre du film trouve son sens dans la très belle scène finale, dans laquelle l'héroïne s'entretient avec le bébé de son amie, une petite fille très attentive à son propos. À noter le fait que l'amie soit noire et homosexuelle n'est pas le sujet du film, et que cela soit présenté adroitement comme une donnée parmi d'autres. Excellent cinéma !