J’en parlais sur ma chronique de La Disparition, le catalogue du petit éditeur MDC Films regorge de petites bobines très intéressantes, souvent oubliées et qui pourtant valent vraiment le détour. C’est le cas de Rush, seule et unique réalisation de Lili Fini Zanuck, productrice de films tels que Cocoon (1985), Cocoon Le Retour (1988) ou encore Le Règne du Feu (2002). A sa sortie, le film, certes peu conventionnel, a été vivement critiqué par les services de Police, les journaux et certains critiques pour le portrait de ce monde de la drogue et la « guerre » que se livrent la Police et les trafiquants. Pourtant, il se dit que la représentation de ce monde de la dope que fait le film serait une des plus honnêtes qui ait jamais été mise sur pellicule, et c’est peut-être ça qui en a fait grincer des dents certains et déstabilisé d’autres. Mais c’est aussi et surtout la raison pour laquelle Rush est vraiment un film à voir. Et pour vous en convaincre, je vais vous en parler.
Basé sur le livre du même nom de Kim Wozencraft, Rush met en scène deux policiers infiltrés, interprétés par Jason Patric (Narc, Génération Perdue) et Jennifer Jason Leigh (Dolores Claiborne, Les 8 Salopards), qui deviennent eux-mêmes toxicomanes et, sous la pression du chef de la police, falsifiaient des preuves dans certaines affaires. Film et livre sont basés sur un scandale de trafic de drogue qui est survenu à la fin des années 70 et impliquant la police des villes de Tyler et Smith, au Texas. L’auteure du livre a d’ailleurs eu des soucis avec la justice à la suite de cela. Se déroulant dans les années 70, d’ailleurs très bien retranscrites, le scénario est de qualité, et cette histoire de policiers infiltrés vraiment passionnante. Une de ses forces est que l’histoire n’est pas prévisible, encore moins la façon dont elle se termine. Nous ne sommes pas ici dans un film d’action, et son rythme parfois un peu lent pourra dérouter. Pourtant, si on adhère au sujet, le film devient vite assez passionnant, émouvant, puissant. Il dresse un portrait à la fois triste et humain de la société de cette époque (et même d’aujourd’hui quelque part), avec ce besoin de punir le crime d’un côté, mais cette incapacité à l’éviter complètement de l’autre, et cela va s’entremêler tout au long du film, tournant en dérision les vaines tentatives de mettre un terme à l’importation et la consommation de substances illégales. Ici, il n’y a pas de sensationnalisme, pas de cascades, pas de grands effets de mise en scène, juste ce portrait réaliste hypnotisant abordant diverses thématiques. Mais surtout Rush est un film courageux, parfois provocateur, avec ses personnages de policiers infiltrés qui sont quelque part dans la pire des situations, sans cesse entre la vie et la mort, obligé de prendre de la drogue pour ne pas se faire démasquer, ce qui les fait enfreindre la loi.
Le casting livre une excellente performance, à commencer par le duo Jason Patric / Jennifer Jason Leigh, deux acteurs parfois décriés mais qui pourtant sont parfaitement crédibles et interprètent leurs personnages avec une grande force et beaucoup d’investissement. Jason Patric s’est réellement piqué par souci d’authenticité pour le film, mais les substances qu’il a utilisées dans ses seringues étaient soit du sérum physiologique, soit des vitamines. Les seconds rôles font aussi parfaitement le boulot, certains sans presque dire un mot à l’instar de Gregg Allman, très convaincant en caïd local malveillant, ou du jeune Max Perlich, presque touchant dans son rôle de gentil indic à qui on force un peu la main. La mise en scène est sans fioriture, sombre, sans humour, mais surtout très efficace, avec une photographie travaillée aux couleurs très froides renforçant l’aspect parfois morose, claustrophobique et brutal du film. Il n’y a point de douceur, d’humour ou de légèreté ici, il s’agit d’un film anti-drogue qui montre les choses telles qu’elles sont. La tension monte crescendo au fur et à mesure que nos deux héros s’enferment dans la spirale infernale de la drogue, et le scénario est comme un volcan prêt à entrer en éruption, il n’y a plus qu’à attendre que ça pète et que ça nous amène jusqu’à une scène de fin ambigüe. Certes, certaines scènes manquent de finesse, en nous balançant frontalement au visage les émotions, sans filtre, mais c’est aussi ce qui fait la force du film. Notons également l’excellente bande son du film, composée par Eric Clapton qui signe ici une superbe partition, des musiques parfaitement choisies retranscrivant ce qu’on s’imagine de l’ambiance du Texas des années 70.
Avec son scénario façon descente aux enfers, sombre et rondement mené, Rush est un très bon film policier sur le thème de la drogue. Une petite pépite méconnue qu’il est possible de redécouvrir aujourd’hui grâce à la très bonne édition de MDC Films.
Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-rush-de-lili-fini-zanuck-1991/