Entre le body horror et le film de fantôme, Saccharine, le troisième long-métrage de Natalie Erika James accuse d’une indigestion thématique avec notamment le culte de la minceur, les troubles alimentaires, le désir féminin… Le goût sucré y est, les intentions aussi, mais ça n’accroche pas au palais.


"Du culte de la minceur aux injonctions corporelles contemporaines, en passant par la manière dont les réseaux sociaux transforment l’image de soi en quête identitaire, il y avait un terrain fertile proche des enjeux de The Ugly Stepsister. Sur le papier, c’est exactement le genre de sujet qu’on lui espérait. À l’écran, c’est une autre histoire. La première partie de Saccharine est pourtant d’assez bonne facture. On y suit Hana, étudiante en médecine qui ne décroche pas de son téléphone, hantée par sa silhouette qu’elle ne trouve pas attirante et par le regard des autres qu’elle place systématiquement au-dessus du sien. Les jeux de miroir s’accumulent avec une certaine intelligence par la suite, l’anxiété sociale d’Hana s’installe avec un ton parfois absurde et un mystère prend forme dans les allers-retours entre les cours d’anatomie et son appartement. Mais lorsqu’elle succombe à une pilule amincissante aussi farfelue que logique dans cet esprit de cinéma bis, des cendres humaines ingérées comme un régime miracle, la greffe entre body horror et film de fantôme s’annonce comme la vraie bonne idée du film.


"Le problème de Saccharine n’est pas son manque d’ambition ou de générosité, c’est plutôt dans son excès. Natalie Erika James veut parler de tout en même temps : du désir féminin confondu avec l’obsession corporelle, de la boulimie à la dysmorphophobie, du rapport d’Hana aux corps stéréotypés de ses parents, avec une mère mince et un père obèse, introduit comme une présence inquiétante. La question queer affleure également dans la relation trouble avec Alanya, une influenceuse fitness, sans que le film tranche sur le point de vue d’Hana : savoir si elle désire cette femme ou simplement le corps qu’elle incarne, une vision si clichée qu’un des personnages l’exprime au mot près pour nous le faire comprendre."


"Saccharine veut s’attaquer au culte de la minceur et à la manière dont la société dévore ceux qui n’y correspondent pas, mais choisit de matérialiser la menace surnaturelle par un fantôme obèse, filmé avec un aspect délibérément répulsif, dont l’appétit sans limite est constamment associé au dégoût. La nourriture elle-même y est traitée comme quelque chose d’écœurant, et le corps en surpoids comme une punition incarnée. Les signes d’une grossophobie involontaire se manifestent alors sans modération, et le film ne rectifie jamais cette vision, ce qui entre en conflit avec son propre propos. [...] Au final, un peu comme Sanguine (à découvrir à l’automne 2026) qui descend sensiblement de The Substance, Saccharine ressemble moins à un repas qu’à une liste d’ingrédients. Tout y est écrit. Rien n’a été cuisiné."


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Cinememories
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le 3 juin 2026

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Saccharine

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