Safe House
4.2
Safe House

Film de Jamie Marshall (2025)

Je vais vous faire gagner du temps. Safe house est un film d'action qui a certaines qualités. Si vous voulez vous distraire, oubliez cette critique et regardez-le, il a un bon fond.

Mais il a aussi certains limites. Lesquelles ? Si vous partagez ce questionnement, essayez de lire, ça vous intéressera peut-être.


Pourquoi "safe house" ? Les films d'action nous ont habitué à l'idée que les agents secrets (ou les tueurs professionnels ou les escrocs de haut vol, c'est selon) auraient à disposition des planques sécurisées et plus ou moins bunkerisées qui peuvent leur servir de base ou de point de chute, sur différents endroits du territoire voire de la planète. Souvent, l'endroit sera profané par l'ennemi, rendant l’agression d'autant impressionnante que le lieu était réputé sûr. Généralement, il ne s'agit que d'une étape. Cette fois le scénariste a eu l'idée d'y placer l'essentiel de l'action.


Quelles sont donc les qualités sus-citées?


D'abord on nous présente des acteurs qui ne sont pas des plus connus (en tout cas en France) ou ne sont pas trop abonnés aux blockbusters. Pour autant ils jouent bien. Ce n'est pas désagréable de s'attacher à des têtes nouvelles. Malheureusement la version française dans laquelle m'a été livrée cette œuvre est assez (très ?) mal doublée, d'autant plus en ce qui concerne les cris au combat : 'Hou ! Aïe ! Ouille !" C'est un assistant qui déclenche des samples en appuyant sur un bouton ? N'écoutez pas sans regarder l'image, vous allez rire. Regardez leurs bonnes têtes.


Comme il se doit depuis le générique de Dallas (1978), on va du général au particulier en commençant par des plans urbains aériens. Ce n'est pas original. Cependant ce traitement des extérieurs, mélange d'aériens réels et de 3D, est réussi. Nous n'avons pas ces images ringardes – Ah ! A working man (2025), avec ce plan où ils ont omis d'animer les passants ! - ou clinquantes - Oh ! The wrecking crew (2026), avec ces lumières nocturnes aux couleurs criardes.


Dans tout conte il y a le trésor et la princesse. Le trésor, on verra plus loin ce que c'est. Qui est la princesse ? C'est la femme du groupe. Mais heureusement, les temps ont changés. Elle n'est plus la cerise sur le gâteau pour le prince qui terrasse le dragon, elle est l'héroïne badass qui terrasse le dragon elle-même ! Et ça, j'aime bien. D'autant qu'elle a une bonne tête et est habillée sérieusement, ce qui inspire le respect.


Safe house ? Il s'agit donc très vite d'un huis-clos. Le huis-clos est souvent dicté par des raisons économiques. C'est mille fois vu, mais j'aime bien (bis). Attention il ne s'agit pas d'un escape game ! Aucune sortie n'est envisageable et envisagée. C'est un choix d'auteur qui nuit peut-être au renouvellement de l'action, nous allons voir pourquoi.


Très vite la question est : "Y aurait-il un traitre parmi nous et si oui, qui est-ce ?". Je ne vais pas spoiler, mais c'est ... Tais-toi ! C'est l'équivalent du "who done it ?" mais j'aime bien (ter) .


Quant à la bande son, c'est entre les deux. Amélodique (il y a deux titres au générique mais je ne les ai pas repérés), très sound design, percussive, répétitive, synthétique et bruitiste, elle performe un intéressant travail de glissements sonores. Pour le musicien, des épais glissandis en micro-intervalles que Xenakis (1922-2001) aurait appréciés. Pour le designer sonore, de lentes et continues transpositions à l'harmonizer. Malencontreusement, elle est omniprésente et souligne peu subtilement les effets dramatiques. Cela a donc fini pas me prendre la tête. A noter, personne n'apparait clairement comme responsable de la musique au générique, si ce n'est deux sound designers et une superviseuse. Il manque peut-être un compositeur.


Voilà, je crains qu'on ait fait le tour des qualités. Ah si ! C'est très correctement réalisé. A aucun moment on ne peut dire qu'il faudrait placer la caméra ailleurs. Maintenant, accrochez-vous pour la descente !


Un traitre ? Il y aura donc des tensions entre protagonistes. Et de une, et de deux et de trois, en faisant monter la pression. Comme on risque de s'habituer, heureusement au bout de la troisième, c'est presque la fin du film.


Mais en fait le danger vient surtout de l'extérieur. Sous la forme de commandos de méchants Russes. Nos Américains, malgré leurs dissensions pratiquent l'union sacrée et parviennent, dans une certaine mesure, à les repousser. Et de une, et de deux et de trois, en faisant monter la pression. Comme on risque de s'habituer etc.


Certes, dans les films de baston, il y a des combats successifs. Mais, dans la franchise John Wick par exemple, on varie à l'envie et avec imagination les lieux et les antagonistes. Là, c'est toujours les mêmes et dans le même lieu. Ok, c'est une question de budget, aussi ! D'où une certaine monotonie malgré la "qualité" des combats. C'est quand même moins pire que ce film où TOUTE l'action se passe dans le même salon pris sous le feu d'un sniper (Take cover, 2024).


On passera ou pas sur les nombreuses incohérence qui nous laissent suspecter qu'on sous-estime notre sens de l'observation voire notre intelligence.

Est-ce raisonnable qu'un simple agent transporte dans la poche de sa veste un outil stratégique, clé de la défense nationale, qu'une autre fasse de même dans une mallette en public ? Sans même une petite chainette au poignet comme dans un transport de fonds ?


Cet outil s'appelle le "football". Oui, les Américains nous ont habitué à ce que les outils qui peuvent potentiellement détruite la planète portent des noms de code farfelus. Dans Mission Impossible 3 (2006), Hunt ne cherche-t-il pas "la patte de lapin" ? Le tout pour l'acteur est de le dire sérieusement.


Le cinéma US nous a aussi habitué à ce que, après que l'on a reçu un coup de couteau ou une balle dans le corps, voire si on se fait empaler par un monstre, on est assez vite sur pied, on discute, on court, on se bat. Généralement on intercale un scène de chirurgie de campagne : on recoud la plaie, on le ferme à la colle voire à l'agrafeuse, on la cautérise au feu. Et après hop, c'est reparti ! Ici, le truc magique, c'est le pansement hémostatique. Grâce à lui, l'agent de la sécurité intérieure qui est touché au flanc et le gardien qui a une balle sous la clavicule se portent comme des charmes. Par contre l'agent qui a reçu des lacrymos garde la chambre. Une saleté les lacrymos ! Le pansement hémostatique, je m'en souviendrai si, un jour, un allumé me touche à la kalash.


Los Angeles ayant soi-disant été attaquée à l'arme de destruction massive (chimique), l'état d'urgence est déclaré et on évacue "le centre ville et les zones alentours". Sachant que L.A. compte quatre millions d'habitants (12 millions avec les suburbs), je dis bravo à la logistique qui est arrivé à déplacer un max de monde avant qu'un des protagonistes fasse la remarque qu'il commence à avoir faim. Ça va faire beaucoup de chiottes mobiles.


Rétrospectivement, on notera que le traître s'est battu brillamment contre ses complices, mais cela c'était pour nous abuser.


On verra aussi qu'un terroriste se fait sauter dans une pièce, mais on ne voit pas une goutte de sang ni un bout de bidoche. Il a été dé-sin-té-gré !


Enfin, après s'être quelque peu planté, le gros méchant qui a tenté un coup d'état rentre tranquillement chez lui à pied, tout seul, dans les rues désertes, un peu comme un épicier qui vient de baisser le rideau après avoir fait nocturne. Dure soirée, mon gars ! Mais encore plus pour le spectateur qui, s'il y repense le lendemain, aura la gueule de bois des neurones.


Vous me direz peut-être que le cinéma, comme le théâtre, est une convention et que toutes ces incohérences sont convenues avec le spectateur qui est bien content. Mon problème, c'est que ça me navre. Si les auteurs avaient moins versé dans le cliché scénaristique, fait preuve d'un peu plus d'inventivité et ne nous avaient pas pris pour des naïfs, cela aurait donné un bon petit film qui forcerait l'estime. Voire une fable politique d'une certaine portée car :


Allez, finissons par une gentillesse. Idéologiquement, c'est pas pourri. Le traître a une raison compréhensible - la perte d'un être cher et de compagnons d'arme - d'en vouloir à l’État US. Constatons que, dans le monde, des gens comme lui, il y en a malheureusement une flopée. Sa douleur et sa rancœur sont manipulées par un idéologue qui veut faire un coup d'état, donc il se grise d'un discours conspirationniste, nationaliste, xénophobe et terroriste. Il n'en est pas moins un assassin et un danger public mais cela a le mérite de désigner indirectement les grands coupables : les idéologues manipulateurs qui sont au sommet de la "chaîne alimentaire", pour reprendre une réplique du film. Cela vous évoque une situation ou quelqu'un ?



Le-Male-Voyant
5
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le 2 févr. 2026

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