Quand on parcourt la filmographie de David Lynch, il est assez facile de repérer ses gimmicks de réalisation, sa patte si particulière. On trouvera des couleurs franches et symboliques, des coups de téléphone mystérieux, des clés, des objets fétiches, une galerie de personnages tous plus étranges et énigmatiques les uns que les autres. Il est cependant toujours difficile d’en tirer quelque chose. Ça demande de l’implication et de la concentration.

Wild at Heart est faussement accessible. Bien sûr on y retrouve la touche lynchesque dans les fondus colorés, le montage très parlant d’un point de vue symbolique. L’histoire est plus ou moins linéaire, la narration classique mais bien tenue. On se laisse facilement prendre par l’histoire. Les acteurs sont très bien dirigés. Le film se déroule tout seul. David Lynch mène son film d’une main de maître, tout se touche et se connecte magnifiquement. Les cigarettes, Sailor et Lula se consument dans un road trip bien rythmé.

Malgré tout, Wild at Heart est une imposture. Il n’a pas d’existence propre. C’est un écran de fumée, une sorte de fine membrane qui trouble notre attention en nous détournant de son cœur véritable. La diégèse de Wild at Heart n’est que le symptôme incongru du véritable film mené par Lynch. Le voile n’est cependant pas uniforme, il est troué par endroit, perturbe l’équilibre du film et nous permet de brefs moments de clairvoyance.

Des reflets verts, rouges, jaunes transparaissent brièvement. Des histoires de sorcières incomprises par les protagonistes eux-mêmes qui ne sont que des marionnettes. L’univers mythologique de Wild at Heart est ressenti intuitivement par les personnages au travers de vagues évocations de fées et magiciens, de comportements étranges ou de pensées sans queue ni tête. Ils ne s’en formalisent pas, certains d’être pris d’un délire passager. Certains personnages sont même clairement en décalage avec l’univers du film et ne semblent arriver de nulle part et disparaitre sans laisser de trace (parfois littéralement dans un même plan).

Wild at Heart est un film multiple. On peut appréhender l’œuvre à travers plusieurs pistes de lecture non pas parce qu’on peut en voir plusieurs interprétations mais parce qu’elles existent véritablement au sein du long-métrage. La première couche, cette fin en forme de happy end ne sont qu’une distraction, couvrant quelque chose de profondément dérangeant.

Créée

le 26 oct. 2016

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Neeco

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