Je ressors d'ce film avec un relent âcre au fond d'la gorge et l'impression d'm'être prise quarante-cinq minutes de plans d'insert pas terribles. Ce fut tellement pesant de regarder cette oeuvre qu'j'me pose la question : pourquoi c'film qui donne l'sentiment d'couper l'plus possible pour pas qu'le spectateur s'ennuie semble-t-il durer trois heures ?
L'film va chercher à retracer une partie de la vie de Saint-Exupéry, plus précisément la période où il travaillait en Argentine, et s'ouvre in medias res sur un accident au beau milieu d'l'océan de l'aviateur dans le cadre d'une livraison et se finit de façon abrupte sur la mort Saint-Ex.
Le premier mot qui m'vient à l'esprit pour qualifier la fondation sur laquelle repose ce film est "branlant" et ce pour la simple et bonne raison que tout dans la construction des scènes laisse voir qu'ils n'ont ni eu le temps, ni les moyens (et encore moins le talent) pour donner du corps à la moindre séquence. Trois exemples pour souligner mon propos, l'premier se déroule lors des premières minutes du film. Il s'agit de la scène où Guillaumet, pilote et meilleur amis de Saint-Ex le sort d'l'eau. Ici on survole -ironique dans un film sur des aviateurs- les éléments qui pourraient créer d'la tension : on sait à peine à qui on a affaire du fait du parti pris de commencer in medias res, difficile donc d'éprouver de l'empathie surtout quand la luminosité va venir créer un bichrome noir et gris qui rend les personnages quasiment indiscernables ce qui n'est pas arrangé par les costumes qui cache leurs visages ainsi que l'action. Les corps ne sont pas clairement définis contraignant le réalisateur à faire dire à son personnage qu'il meurt de froid et ne peut plus bouger. Mais le pire est qu'il règle le problème avant en deux coups d'ellipses (procédé récurrents dans ce film) où ce potentiel moteur de la péripétie est réglé en hors champs pour une conclusion qui aurait été drôle si la scène en montrait plus, que toutes les actions n'étaient pas trop vite résolues. Tout donne une impression de manque, c'est comme si le montage était troué mais hélas ce manque ne va créer qu'un vide qui sera tout de suite remplit au lieu d'une béance dont le spectateur pourrait se saisir pour nourrir un rapport au film singulier.
Et c'est là que le bât blesse, jamais le film ne semble prendre le temps de respirer, tout doit être efficace, du coup jamais on ne prends ne serait-ce que cinq minutes pour s'arrêter sur une péripétie, un dialogue ou un détail. Tout devient donc terriblement peu impactant comme lors d'cette scène de danse ridicule d'un peu plus d'une minute. Elle aurait pu être un point d'ancrage où les personnages auraient pris de l'épaisseur avec un semblant de personnalité qui les auraient rendu attachants mais le montage ne la résout la résout pas ainsi. On a le droit à une alternances de plans court et à peine lisible où un type fait d'la batterie sur le moteur de l'avion tandis qu'les convives gigotes avec l'otarie avant qu'tout soit avorté ( la scène comme la fête) pour faire avancer plus vite les choses. Le scénario doit courir au plus vite empêchant le réalisateur de donner de l'attention au superflu, tout ce qui pourrait être amusant ou intriguant doit donc être éclipsé pour ne laisser qu'un tout informe.
C'est ainsi qu'on en arrive à cette fin qui s'rait peut-être drôle si elle faisait pas pitié. On vient à peine de résoudre les enjeux du film, on pourrait tenter de ralentir, de créer un instant où il se passerai plus que ce qui est filmé et peut-être créer une scène véritablement émouvante. Mais ce n'est pas ce qu'il se passe. Le réalisateur décide de faire une ellipse qui ne montre pas grand chose que ne dit pas Saint-Ex qui devient un narrateur interne à l'histoire. La guerre de 39-45 arrive sans prévenir comme pour tuer le protagoniste qui tout le long du film semble ballotté tel une poupée de chiffon encombrante. À ce stade on pourrait presque croire que le réalisateur s'était résigné à l'jeter aux ordures en voyant qu'il n'avait au final rien à faire d'artistiquement intéressant avec cet homme c'qui fait du film un bien triste hommage.