Sorti de ses amples mouvements s’étalant sur trois heures (JFK, Nixon ou Alexandre), j’ai un peu plus de mal avec le cinéma de Oliver Stone. Comme si la concision ne lui permettait pas de développer son récit de manière satisfaisante et, à grand renfort de coupes, le forcerait à survoler certains pans pourtant cruciaux dans l’élaboration de ses thématiques souvent denses. Salvador s’inscrit ainsi dans cette catégorie qui ne me convainc qu’à moitié, me laissant sur ma faim.
Pourtant, par son approche autobiographique du prisme d’un journaliste sur le terrain alors que sévit la guerre civile au Salvador, j’arrive tout de même à trouver des bribes qui surnagent dans un déroulé in fine assez convenu.
Comme le fait que notre protagoniste soit totalement antipathique, un trou du cul qui trace sa route par boniments et manipulations, et dont le cynisme mercantile laisse initialement pantois, mais que l’on excusera facilement une fois confronté à sa réalité, celle de son métier. La violence humaine du terrain explique sans mal toute déconsidération du savoir être basique et sa surconsommation de drogues en tout genre, échappatoires logiquement nécessaire à la noirceur du quotidien. On ne s’étonnera donc pas qu’aux scènes de charnier se superposent des atermoiements superficiels et parfois risible de Richard (un James Woods impeccable en connard, comme souvent), qui parvient à occulter des images autrement traumatisantes en les gardant autant que faire se peut dans une mire strictement professionnelle, mais participant ainsi du malaise troublant qui étaie sa désinvolture.
Et le trouble se fait aussi par la perte de repères du spectateur qui, s’il n’est pas précisément au fait des événements traités, se retrouve sous une avalanche de name dropping qui porte à confusion, entre les différentes figures en oppositions, les différents mouvements contestataires et les relations qui régissent tout cela.
Cet imbroglio participe au chaos ambiant d’un pays tiraillé entre les influences des deux blocs, plongé dans la misère par les ingérences d’états qui voient des alliés là où se trouvent ceux qui ne sont pas l’ennemi, quitte à s’acoquiner à des bourreaux. Pour les USA, c’est la sauvegarde des intérêts capitalistiques, la protection des frontières sud et le refus d’un autre fiasco après le Vietnam qui précipitent la prise de (non) position dans un constat sans appel que la trajectoire du Salvador sur ces quarante dernières années ne saurait démentir.
Un Stone mineur donc, qui aurait gagné à être plus diffus, mais qui parvient tout même à faire passer le message politique de son auteur, sans ambiguïté.