Bien content de passer plus de temps dans mes cinémas d'art et d'essai locaux car ça me permet de voir des propositions qu'on retrouve rarement dans les multiplexes, et surtout ça m'a permis de découvrir Salve Maria, une des plus belles surprises de l'année, pourtant sur le papier, c'est l'exact opposé du Kiracore. Dès le début, l'inconfort est total, Mar Coll nous plonge dans l'esprit de sa protagoniste, jeune mère en pleine dépression post partum, et on va très rarement quitter ce point de vue. La plus grosse réussite du film, c'est d'arriver à nous transmettre les émotions qu'elle ressent, sa solitude dans la maternité, son désespoir, sa vie qui ne tourne plus qu'autour de son bébé, avec un père pas assez investi, ses craintes (justifiées ou non) ignorées par tout le monde, tout ça dans un boucan infernal rempli de cris de bébés et de sonneries de portable.
Mais si le film n'était composé que de ça, il ne serait pas très intéressant en dehors de son immersion, ce que j'aime par dessus tout c'est qu'il va venir poser de vraies questions sur la maternité et oser parler du tabou ultime, l'infanticide. La réalisatrice a aussi de très belles idées visuelles pour nous montrer le détachement que ressent notre protagoniste vis-à-vis de sa progéniture, je pense en particulier à un plan sur une plage où la lumière du soleil inonde l'image au fur et à mesure qu'elle s'éloigne de son mari et de son enfant, avant que le mari lui demande de ralentir et que le soleil disparaisse aussitôt.
C'est un film fort et percutant, et ce qui a fini par me convaincre au-delà de tout qu'il s'agissait d'un de mes coups de coeur de l'année, c'est l'épilogue, qui fait un choix osé mais qui va au bout des idées présentées plutôt dans le film.