Sale journée pour le lieutenant Thomas Blin,officier de la Brigade Criminelle.Il doit se rendre à l'hôpital pour veiller le cadavre de sa mère qui vient de mourir,il a l'IGPN sur le râble parce que c'est un ripou de première,et voilà que sur la route il renverse et tue un piéton dont il dissimule le corps.Tout ceci n'est bien sûr que le début de ses ennuis."Sans répit" est un film Netflix,et il serait utile d'en parler.Mais si,pourquoi pas?Au début il fallait lancer la plateforme avec des produits maison,donc des films inédits.Habilement,les gars de chez Nénet sont parvenus à faire croire qu'ils fabriquaient des films de cinéma.Certes ça ne sortait pas en salles mais ça ressemblait quand même à du ciné car on recrutait de grands réalisateurs à qui on donnait des moyens importants pour sortir de nouvelles oeuvres,un deal gagnant-gagnant en somme.Et puis une fois la machine lancée et un nombre d'abonnés conséquent entraîné dans la combine,la qualité s'est mise à baisser et le vrai visage de Netflix est apparu,à savoir une usine à téléfilms de luxe.Il est vrai que leurs produits sont infiniment supérieurs à "Marleau" ou "Léo Matteï",mais ça reste généralement de la série B plus ou moins bas de gamme,à l'image de ce piteux "Sans répit".C'est la première réalisation de Régis Blondeau,un chef-opérateur ayant une solide carrière dans ce domaine,qui l'a coécrit avec Julien Colombani.Mais attention,les deux zigotos ne font qu'adapter un film sud-coréen intitulé "Hard day".Alors "Hard day",si je peux me permettre de vous apprendre quelque chose afin que vous n'ayez pas complètement perdu votre temps,ça veut dire "Une dure journée" en coréen.D'ailleurs les plus vieux d'entre vous se souviendront que les Beatles,un groupe de pop music coréen,avait autrefois obtenu un modeste succès avec une chanson titrée "A hard day's night".Ce qu'on peut dire à propos du film,c'est que la manière qu'ont les dieux du cinéma de se montrer taquins est assez rageante.Des palanquées d'auteurs s'échinent à imaginer des oeuvres comiques sans jamais pouvoir faire rire personne,et voilà qu'un polar supposément tendu et sinistre cache en réalité une comédie burlesque irrésistible.L'absurdité hilarante bien qu'involontaire préside à cet enchaînement étourdissant de conneries insanes.Il s'agit de l'histoire d'un personnage confronté à la bonne vieille loi de l'emmerdement maximum.Tout va de travers dans sa vie,et ça ne fait qu'empirer par la grâce de ses initiatives toutes plus débiles les unes que les autres.Un tel enchaînement de décisions désastreuses ne peut que susciter le rire,d'autant que le mec s'en sort systématiquement à chaque fois que ça chauffe pour son matricule en dépit de sa stupidité congénitale.Donc le type éclate accidentellement un piéton mais ne trouve rien de mieux que d'embarquer le mort dans son coffre.On découvrira ébahis que la victime était déjà décédée après s'être mangée deux balles dans le buffet.Alors comment qu'il faisait le gars pour se balader sur la route?C'est peut-être les nerfs,comme les canards qui continuent à cavaler après qu'on leur ait coupé la tête,allez savoir.Heureusement ceci dit que Toto l'a emmené car ça nous offre quelques scènes à mourir de rire avec les manoeuvres surréalistes du flic pour planquer le cadavre à l'hôpital,grands moments de marrade assurés.On se demande au passage pourquoi l'assassin,qui était à proximité et a tout vu,n'a pas tout bonnement abattu Thomas puisqu'il tenait absolument à récupérer le corps.Ah oui,c'est parce que ça nous aurait privé de séquences ultérieures bien gratinées avec le déterrement du défunt,suivi d'une fouille au corps aussi particulière que désopilante.Et la scène avec les gendarmes,on en parle?Notre pourri est arrêté à un barrage et il s'embrouille avec les pandores qui veulent ouvrir son coffre,ce qui est très judicieux quand on veut passer inaperçu.Ca se termine en baston et gazage du récalcitrant,et puis ça coupe pour nous transporter au commissariat où on est occupé à balancer de la came dans les chiottes.Et on revient sur Toto et les gendarmes,mais là tout s'est arrangé.Comment?Pourquoi?Par quel miracle?Il manque des scènes elles aussi balancées dans les cagoinces?Quoi qu'il en soit les bourrins s'excusent,il n'est plus question d'examiner le contenu de la voiture,Blin a les yeux rouges mais tout va bien,on le laisse repartir après rébellion à agent suivie de coups et blessures.Le hasard est encore une fois un grand maître vu que les deux hommes incriminés sont des flics et la victime un trafiquant de drogue.Circonstance atténuante pour Régis et Julien,ils sont tributaires d'un film coréen,et le ciné asiatique c'est rarement bon.Mais c'est quoi aussi cette nouvelle manie de faire des remakes de films étrangers?N'avons-nous pas assez de scénaristes incapables en France qu'il faille en importer?Comme on s'y attendait,le héros finira par vaincre et s'en tirera les doigts dans le pif malgré ses légers manquements au règlement de la Police Nationale.Parce que oui,c'est un film très contemporain avide de nous montrer les poulets sous leur meilleur jour,celui d'une joyeuse bande de ripoux.Finalement,les autorités renoncent à poursuivre ce brave lieutenant car ça pourrait faire du tort à l'institution,le scandale,la presse,tout ça.C'est bizarre mais en tant que citoyens ordinaires on n'a pas du tout l'impression que les flics soient épargnés en pareil cas,au contraire on se délecte de leurs magouilles et on prend plaisir à les clouer au pilori.Ce qui ressort de tout ça est que Blin,qui n'est après tout coupable que d'homicide,délit de fuite,dissimulation et profanation de cadavre,assassinat,vol et trafic de drogue,est un gus excusable car il y a dans l'histoire un autre flic pire que lui.Il faudra y penser la prochaine fois qu'on prendra une prune pour avoir roulé à 91 à l'heure au lieu de 90."Eh monsieur,c'est pas juste,l'autre là-bas il était à 150,mon infraction ne doit pas être punie!".La morale et le cinéma n'ont plus aucun contact de nos jours,c'est la décadence qui veut ça.Franck Gastambide n'a manifestement pas les épaules pour jouer les action heroes.C'est un excellent acteur comique mais là ça le fait pas trop bien qu'il se démène énergiquement.Vous me direz que c'est une comédie,mais hélas il n'est pas au courant.Tel quel, il ressemble à une version pas drôle d'Eric Judor.Heureusement que Simon Abkarian,comme d'hab impérial en salaud flamboyant,remonte le niveau et arrache toutes ses scènes.Michaël Abiteboul est parfait en coéquipier et meilleur pote de Thomas et Serge Hazanavicius très bien en commissaire couvrant ses hommes.Jemima West,la petite pute de la série "Maison close",est totalement transparente en soeur du héros.A ce propos,il est amusant de remarquer dans ce film de mecs des notations féministes bien niaises.C'est un truc qu'on voit proliférer depuis quelques temps dans les fictions françaises,cette idée de féminiser le langage de façon idiote en rajoutant des "e" là où il n'y en avait pas.Et comme les nanas interprètent de plus en plus des flics,on entend régulièrement des policières reprendre leurs collègues masculins qui ont l'outrecuidance de les appeler "lieutenant" ou "commandant",comme si ça changeait quoi que ce soit à la fonction.C'est rigolo mais elles la ramènent moins quand on les qualifie d'entraîneurs.