Film d’horreur indonésien signé Joko Anwar, réalisateur que je découvrais à l'occasion de ce festival de Gérardmer 2026, Satan’s Slaves s’inscrit d’emblée dans un style bien identifiable : celui de l’horreur asiatique des histoires de fantômes à l'imagerie forte. Immédiatement, on pense à The Ring ou The Grudge qui peuvent se targuer d'avoir mis le yurei (cette fille aux longs cheveux noirs) devant nos yeux d'occidentaux. Les premières minutes convoquent immédiatement cet imaginaire aujourd'hui familier dans une maison aux couloirs silencieux où semble peser une menace diffuse. Et ça fonctionne.
Le point de départ est simple et efficace : une mère, ancienne star de la musique, désormais catatonique suite à un mal inexpliqué se retrouve clouée dans son lit. Elle devient le centre gravitationnel de cette demeure isolée, où un père épuisé et quatre enfants vivent littéralement enchaînés à son chevet. Il ne faut que très peu de temps à Anwar pour imprimer la démence de cette figure maternelle dans nos esprits. Deux scènes bien senties, une clochette - dont on devine immédiatement le futur rôle de déclencheur d’angoisse - et le décor est posé.
Le film regorge de bonnes séquences, parfois simples, parfois très malines mais toujours avec leur petit effet. Un lancer de drap, des légendes murmurées et nourries par l’imagination enfantine, un puit, quelques apparitions savamment cadrées : rien de révolutionnaire, mais une vraie maîtrise de l'apparition. L’horreur est souvent frontale dans ses intentions, parfois un peu trop évidente, mais elle reste efficace, car elle sait quand frapper.
Mais le vrai plus vient des quatre jeunes acteurs qui participent énormément à la réussite de l’ensemble. La fratrie fonctionne, sonne juste, et le plus jeune d’entre eux remporte l'adhésion, apportant une légèreté par son côté malicieux. On croit à leurs peurs mais surtout à leur complicité et on finit par s'inquiéter pour eux face à ce mal qui tarde à se préciser.
Personnellement, le petit renversement final m’apparaît dispensable, presque superflu, comme s’il fallait absolument rajouter un twist là où le récit fantastique accompagné de cette solidarité familiale à toute épreuve suffisaient largement. Mais ce faux pas n’entache pas vraiment l’expérience. Satan’s Slaves reste accrocheur de bout en bout, porté par une ambiance solide, une mise en scène appliquée et un amour évident du genre.
Un film d’horreur classique, convenu tout en étant suffisamment inspiré et bien exécuté pour qu’on s’y abandonne sans résistance - clochette comprise.