Comment aborder un mastodonte pareil.
7h30 de film d'un coup, aussi bon soit-il, ne nous mentons pas, c'est une épreuve. Mais on y va en l'acceptant, avec une certaine curiosité mêlée un goût du défi.
Et quel défi, le film nous plonge dans des plans fixes ou très lents qui peuvent parfois durer 10 minutes où on ne regarde pas grand chose à première vue. Difficile d'exprimer son ressenti, ça crée de longs moments de flottement où dans un premier temps on observe activement l'image pour s'imprégner de chaque détail du plan, et puis lorsque ça ne suffit plus on dissocie peu à peu et on vagabonde dans nos propres pensées avec le film autour de nous.
Malgré une histoire très simple, le film se veut opaque et ne nous aide pas du tout à en comprendre exactement les tenants et aboutissants. D'où sort l'argent dont tout le village parle ? C'est quoi la mission d'Irimiás pour la police ? Bref le film ne fait rien pour se faire aimer de ce côté. C'est certainement aussi de ce film que l'on tient le cliché du "film hongrois en noir et blanc de 5 heures où tout le monde boit et est dépressif". Il y a effectivement peu de place pour la gaîté, dans cette histoire où des miséreux désespérés et perdus abandonnent le peu qu'ils ont pour suivre un sauveur qui n'en veut en fait qu'à leur argent. Ambiance, heureusement qu'il y a de la gnôle au bar.
Et pourtant, l'expérience fait que le film reste en nous des jours après, même si l'on avait hâte que ça se termine sur le moment. Bien sûr, l'effort que l'on fournit pour tenir 7 heures donne en partie sa puissance au film, mais sinon? Est-ce parce qu'on repense aux plans magnifiques et poisseux à la fois ? A l'étrange atmosphère dans laquelle on se retrouve plongé ? A la boue ? Au charisme d'Irimiás ou à la drôlerie de certaines scènes ?
J'ajoute que la scène centrale du film, le tango entre maître d'école et Mme Schmidt, est probablement la plus belle scène que j'ai vue depuis un bon moment.