Même s’il résonne régulièrement delà de ses frontières états- unienes comme ce fut le cas très récemment à l’occasion de la diffusion du sketch parodiant la rencontre Trump Zelensky, le Saturday Night Live (grand show d’Entertainment à tendance humouristique) se veut beaucoup plus confidentiel dans sa diffusion en terre hexagonale, où le concept (pourtant un temps incarné à la tv par les émissions lointaines de Collaro ou la tv des Inconnus) ne séduit pas franchement dans la durée, contrairement au Saturday Night qui conclue sa cinquantième année de présence sur la chaine NBC.
La sortie en 2025 d’un film hommage (également destiné à aller puiser quelques écus faciles dans les poches des inconditionnels), surprend poutant dans une certaine mesure, par le partis pris de développer uniquement les préparatifs du premier show, en explorant les coulisses agitées de l’heure (et demie) précédant la première diffusion. Si le choix d’apporter un point de vue à un récit (et ici à la réalisation) est souvent de bonne augure, car révélateur de la personnalité forte d’un cinéaste ou à tout le moins d’un métrage, « Saturday Night » s’expose en objet foutraque, la caméra, alerte, saisit l’instant dans une dynamique entrainante mais tout à fait confuse.
De fait, pour les moins initiés, les plus jeunes (et les autres aussi), la déambulation entre les décors en construction, les répétitions fragmentées, des personnages pas toujours identifiables ou réidentifiables par la suite relève du chaotique, et l’expérience n’est pas au premier abord des plus agréables.
Dans sa longue première partie qui s’apparente à un teaser géant ou à une interminable scène d’exposition Saturday Night semble bégayer ses enjeux dans une patiente, mais mouvementée déclinaison des impossibilités et obstacles susceptibles de mettre à mal la bonne tenue de ce premier show. Certes, et même si ce suspense s’avère bien artificiel, le récit laisse entrevoir par bribes l’esprit libertaire et novateur qui animera le show, inspiré en partie par la tendance à l’absurde initiée par les Monty Python quelques années auparavant.
Les nombreux plans séquences « scorsesiens » et la caméra attachée aux basques du producteur découvrent dans le désordre des situations devenues légendaires, portées par un John Belushi passablement...shouté , un Chavy Chase égocentré et arrogant ou un odieux Milton Berle (incarnés par d’autres évidemment), et tant d’autres en arrière-plan, garants également de l’esprit qui anima et anime encore l’émission mais noyés dans un trop plein confus.
Pourtant, peu à peu, mais péniblement, le lacis se dénoue dans un élan final plutôt réjouissant, permettant d’assister enfin à la genèse de ce Live, qui demeure cinquante ans plus tard, un rende-vous historique et probablement l’une des plus anciennes productions télévisuelles.