Soyez prévenus, pour parvenir au bout des 90 minutes de ce Saturn 3, il ne faut pas en attendre autre chose qu'un témoin amusant d'une ère où les films sans budgets se lançaient sur les terres de la science fiction avec le coeur et non l'ordinateur. Tout dans Saturn 3 sent la débrouille pour essayer de camoufler tant bien que mal les décors du studio où Stanley Donen pose ses caméras. Entre les portes coulissantes en carton maculé de peinture brillante à ce robot sorti d'un croisement entre un grille pain et une lampe torche, difficile en effet, aujourd'hui, de prendre Saturn 3 complètement au sérieux.
Et ce ne sont pas les 3 personnages s'y crêpant le chignon qui changent la donne, pourtant incarnés par trois personnalités que l'on aime retrouver à l'écran. Kirk Douglas tape la pose comme personne, égérie masculine parfaite pour lancer un men's health pour senior, à 68 piges, il assure toujours, biscotti saillants. Harvey Keitel est lui dans la première partie de sa carrière et fait le job, à savoir incarner comme il peut, en cabotinant beaucoup, le salaud de service, en proposant des partouzes comme on demande l'heure et sans jamais hésiter à dézinguer ses potes si tout ne se passe pas comme il le souhaite. Un chouette homme en somme. Quant à Farrah Fawcett, et bien, oserai-je dire qu'elle est, à elle seule, un bonus suffisant pour parcourir le film jusqu'à son générique final. Stanley Donen en est bien conscient, le petit saligaud, car il ne joue pas l'avare en mettant généreusement la très jolie plastique de son actrice en pleine lumière pour motiver ses troupes.
A cette savoureuse parade d'acteurs vient s'ajouter un pitch amusant. Le vilain Keitel, par l'intermédiaire de ce robot auquel il parvient à insuffler un sentiment amoureux, pose la problématique de la frontière entre intelligence artificielle et humanité. Alors, c'est fait avec de gros sabots, puisque conscient du manque de tenue de son film, Stanley Donen s'en éloigne rapidement pour virer vers le survival bas de gamme, dont le rythme est dicté par la fuite de ses survivants, mais bon, il y a quand même une intention.
Cette dernière sera cependant vite étouffée par le manque d'ambition global qui émerge du tout, à la fois de l'image mais également de l'enchaînement rapide des évènements et du manque de conviction de chaque acteur. Là dessus se greffe une imagerie opportuniste, qui tente de s'approprier tout ce qui était en vogue à cette époque, comme les effets visuels qu'avait concrétisé Star Wars quelques années avant. Le premier plan de Saturn 3 s'en fait d'ailleurs directement l'écho. On commence au moins le film avec le sourire, c'est déjà ça :)