Décider de regarder un film culte c'est y aller avec des à priori et une idée assez tenace de l'expérience que l'on va vivre. De par sa notoriété Saw n'échappe pas à cela et pourtant j'y ai découvert un film qui, certe, est un pur produit de son époque mais qui se révèle efficace et non pas sans charme. Tout d'abord son scénario même si il utilise de nombreux éléments déjà présent dans Se7en sorti quasiment dix ans plus tôt (le duo de flics de différentes générations, le tueur en série donneur de leçon et la photographie sombre et poisseuse) conserve néanmoins un certain charme et une efficacité narrative qui dépasse les effets de ressemblances. Il ne se contente pas de copier bêtement, car sa narration principale autour de deux victimes en devenir de ce tueur explore de façon assez minimaliste (une pièce sordide, deux personnages piégés et un minuteur) la psychologie pleine de failles mais humaine de deux personnages qui hésitent entre la solidarité et l'individualisme. C'est comme si James Wan et Leigh Whannell avait voulu faire un complément à Se7en en s'attachant plutôt aux victimes. C'est ce qui fait la qualité du film mais aussi son défaut car le duo de flics est mis en retrait et il n'en ressort que les éléments les plus archétypaux de cette configuration.
Visuellement le film est de qualité, le sombre poisseux et crade est très bien rendu, on sent toutes les textures qui apparaissent à l'écran et cette qualité donne au film un aspect haptique appréciable.
On passera sur la cohérence du scénario qui parfois frôle un peu le ridicule, notamment avec son twist final même si celui qui le précède reste surprenant et intelligent.
Certains mouvements de caméra et le montage ancre l'ensemble dans une époque en rappelant l'esthétique des clips de cette période mais cela participe aussi au charme.