Quand Saw est sorti en 2004, quelque chose d’inattendu s’est produit, même pour ses créateurs : ce fut un succès phénoménal. Faisant 100 millions de bénéfices pour un budget de seulement 1 million, Lionsgate a vite compris qu’ils avaient une franchise devant eux et ont immédiatement mis en chantier une suite.
Saw ne nécessitait pourtant pas de suite. Le premier film aurait pu très bien se suffire à lui-même. Comment faire une suite à un film dont la fin n’est pas ouverte ? Dans le cas de Saw 2, c’est en transformant un scénario qui n’a rien du tout à voir avec Saw en suite. Darren Lynn Bousman avait un scénario intitulé "The Desperate" pour lequel il cherchait un financement. Lionsgate a vu passer le script, a trouvé des ressemblances avec Saw, et a proposé à Bousman de le réécrire pour y inclure Jigsaw, en échange de quoi Bousman pouvait également réaliser le film. Le résultat ? Ça fonctionne parfaitement.
Ce nouvel épisode s’avère encore meilleur que le premier, parce qu’il élève et améliore l’histoire. La structure narrative est bien plus ambitieuse. Un nouveau groupe, incluant une survivante de Jigsaw, Amanda, se réveille dans une maison transformée en piège multi-pièces par le tueur au puzzle. Pendant ce temps, le détective Eric Matthews réussi à mettre la main sur Jigsaw, mais est forcé d’avoir une conversation avec lui pour que son fils lui soit rendu en vie. Fils qui est dans la maison, avec le reste du groupe.
Les scènes entre Matthews et Jigsaw sont percutantes. Tobin Bell ne joue plus une menace sans visage, et peut désormais mettre tout son talent à l’oeuvre. À l’article de la mort en raison de son cancer, Jigsaw est ici intéressant car on sent qu’il croit profondément en sa cause. C’est un esprit dérangé, mais il pense réellement rendre le monde meilleur. Matthews perd vite patience face à l’énigme qu’est John Kramer. Le scénario de Bousman explore désormais le "pourquoi" puisqu’on connait le "qui". La philosophie de Jigsaw deviendra alors à partir de ce film un point central de la franchise.
La seconde intrigue, qui se déroule dans la maison avec les victimes relève également la barre en terme de créativité dans les pièges. Les joueurs sont informés qu’un poison coule dans leurs veines et doivent trouver les antidotes à travers les pièges de la maison. Un four qui contient deux antidotes mais s’allume quand on y entre, ou encore une piscine pleine de seringues. En dehors d’Amanda, aucune des autres victimes n’est vraiment mémorable. On comprend rapidement qu’ils ne sont pas destinés à survivre.
Comme son prédécesseur, « Saw 2 » mise sur l’absence de superflu. Les deux arc narratifs avancent rapidement et on ne s’ennuie pas. Chaque piège est assez gore et difficilement soutenable, mais une curiosité malsaine nous empêche de détourner le regard, on veut savoir s’ils vont réussir à déjouer le piège. La colorimétrie est un peu plus chaude que dans le premier film, donnant un aspect grunge qui se développera dans la série.
Rarement les suites sont meilleures que les originaux, mais « Saw 2 » parvient à gravir les échelons et à nous fournir un twist final surprenant, qui était encore une fois sous notre nez depuis le début. Aussi choquante que soit la révélation finale de la personne qui a aidé Jigsaw à fabriquer cette maison piégée, tout a un sens. Dès ce second épisode, on pose les bases de ce qui définira la franchise : l’héritage.