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Je ne donnais pas forcément cher de ce film, la carrière de Jay Roach étant majoritairement émaillée de comédies desquelles j’ai un souvenir adolescent sympathique mais que je n’oserais pas revoir aujourd’hui (de Austin Powers à Meet the Fockers) . Et pourtant, ce n'est pas si mal.


Bombshell prend une approche quasi-documentaire d’une affaire qui devint, aux côtés de celle de Weinstein, un pilier du mouvement #MeToo. On nous plonge dans les arcanes de la Fox et de sa pourriture systémique à travers trois personnages, de belles blondes engagées pour ce fait qui en sont à des stades différents de leur carrière.


Mais plutôt que de s’attarder sur les souffrances qu’elles ont vécues au risque de sombrer dans un pathos trop martelé (la seule percée venant du craquage de Margot Robbie, déchirant), on va plutôt s’en détacher pour donner un déroulé très factuel, et dévier le pathétique sur le personnage de Roger Ailes. En opérant cette bascule, et en faisant du satyre campé par un John Lithgow qui vole la vedette à Theron, Kidman et Robbie, un être fascinant dans sa lubricité maladive et l'emprise qu'il exerce, Roach nous place comme observateur de ses victimes plutôt que dans leur peau.


La froideur prend alors tout son sens, alors que la paranoïa qui règne dans les locaux fait obstacle à une coopération entre les femmes. Certaines se taisent par crainte des représailles sur leur carrière (la manne du bourreau s’étendant au-delà du network), d’autres par honte, tandis que quelques unes collaborent en connaissance de cause (comment ne pas voir en Beth, la femme de Roger, une simili Ghislaine Maxwell?). Il faudra bien l’impulsion quasi suicidaire d’une Gretchen Carlson pour que les choses bougent, que la parole se libère.


La réalité de l’affaire se révèle être du pain béni pour le film. Le fait que les évènements se déroulent à Fox News permet en effet de nous mettre dans la situation inconfortable de compatir pour des femmes qui sont des réactionnaires arrivistes, se défendant à de nombreuses reprises d’être féministes, comme si le mot était une injure, qui se retrouvent prises à leur propre jeu en adoubant les idées de la chaîne dans une ironie sordide. Mais le fait de défendre le dogme républicain le plus bas du front n’en fait moins des victimes d’un problème sociétal qui les dépasse et se passe bien de toute notion idéologique. Bombshell dépasse l’aspect politique inhérent au cadre de son histoire et pourrait très bien être transposé ailleurs, comme chez Ubisoft par exemple.


Découvrir ce film et cette histoire fin 2025 a une saveur très particulière. D’un côté, l’influence du mouvement #MeToo n’a pas fini de faire tomber les salauds en ayant fouté un immense coup de pied dans la fourmilière. Mais de l’autre, la Bombshell (ou le Scandale) annoncée par le titre fait bien triste mesure face aux pouvoirs en place et en devenir de nos sociétés occidentales. Nous avons tellement avancé pour une partie de la population et régressé de l’autre en si peu de temps qu’une telle affaire aujourd’hui serait discréditée comme fake news par la Fox actuelle, appuyée par Trump, et rapidement remplacée par une autre panique morale à la mords-moi le noeud.


Le film est ainsi paradoxalement daté et dans l’ère du temps, dans un entre deux que les prochaines années vont trancher. Reste à voir dans quel sens, même si l’espoir est léger.


Frakkazak

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