33 ans avant que Besson ne s’empare du sujet, pour en délirer une interprétation d’un niveau CM2, Cronenberg s’amusait à imaginer des mutants aux pouvoirs cérébraux dans Scanners, un film viscéral et organique qui possède toute la gnaque subversive de son auteur. Sans tomber dans le piège d’une démonstration de cour d’école, le cinéaste imprimait sur bobine un divertissement bis généreux qui, en guise d’explication aux origines d’un cortex cérébral inquiétant, répondait par la violence. Après, tout, il est question d’humanité, de son égo et de sa soif de puissance, alors pourquoi l’espèce changerait en même temps que grossirait sa petite tête. Sujet en or pour Cronenberg qui exploite dans Scanners bon nombre de thématiques qui lui sont chères et comme à son habitude, y malmène les corps avec beaucoup de vigueur pour mettre en place une violence graphique qui glace le sang.


Chaque duel mental auquel se livrent des bodybuildés de la boite crânienne cingle un spectateur partagé entre fascination et répulsion. Une tête explose parce qu'incapable de gérer un flux d'information trop important pour son esprit non entraîné, des corps se mutilent sous les coups psychiques que deux télépathes surdoués s'assènent. Ces séquences impressionnent par la qualité de leur mise en scène, cette dernière étant épaulée par des effets visuels qui, bien des années plus tard, semblent toujours aussi convaincants. Le duel final est un modèle de recherche graphique, que ce soit en matière de maquillage et d'effets spéciaux, qui pourrait faire rougir bon nombre de réalisateurs modernes qui ne jurent que par le 100% CGI. Et s'il convient, bien entendu, de nuancer le dithyrambe en évoquant certains passages qui accusent effectivement le poids des ans, il est remarquable de constater qu'ils n’entachent jamais vraiment le film, comme pourrait le faire un effet numérique vieillissant. Peu de cinéastes peuvent se vanter de transmettre autant de force à ce qu'ils filment, et rien que pour sa maîtrise formelle, Scanners se doit d'être vu par tout amateur de cinéma hors norme.


Une sacrée bobine qui a ravivé mon souvenir avec classe et violence. Il n'y a guère que le casting qui me semble un peu court, à l'image du protagoniste qui manque de charisme. Intriguant mais aussi troublant, ce cadre en mouvement toujours brut de décoffrage, qui aurait mérité par moment un peu plus d'attention. Mais son hyperactivité colle tellement avec le traitement sans finesse du sujet dont s’empare avec générosité le sale gosse aux commandes qu'on ne peut lui en tenir réellement rigueur, de même que toutes les petites aspérités qui pourraient nous troubler finissent par se faire oublier sans qu’on y repense. Ou peut-être est-ce cette bande son cruellement hypnotique qui nous plonge sans réserve au cœur de cette guerre des cerveaux tellement enivrante qu’on laisse au placard sa lucidité, l’envie de profiter du spectacle prévalant sur celle de le décortiquer avec méthode.

oso
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le 29 oct. 2014

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