Voilà onze ans que le tueur munchien n'avait plus frappé à Woodsboro – enfin, de manière officielle. Après maintes négociations avec le casting et le réalisateur, tout le monde rempile pour ce quatrième film de la saga "Scream", et il est triste de constater qu'il relève à peine le niveau d'un précédent long-métrage déjà bien faiblard.
Le slogan annonçait qu'avec la nouvelle décennie arrivaient de nouvelles règles, et c'est ce postulat que le film va s'efforcer d'atteindre laborieusement pendant près de deux heures. On connaissait le malin Wes Craven pour avoir apporté une nouvelle approche du film d'horreur avec "Scream", que certains avaient critiqué d'hypocrite et de moqueuse, mais qui néanmoins proposait une relecture intéressante des codes horrifiques. Et le bougre savait mettre en scène – qui a pu oublier cette formidable scène d'introduction, avec Drew Barrymore faisant des pop-corn? Avec "Scream 4", Craven et son scénariste ont atteint et dépassé les limites de leur concept, en l'inscrivant dans une logique filmique auto-réflexive, semi-parodique, auto-critique et pseudo-pamphlétaire. Parce que si l'on prend un peu de recul pour distinguer de quoi il en retourne vraiment, il s'agirait d'un intra-remake (oui, il faudrait inventer de nouvelles terminologies pour aborder le film de Craven, approche pédante dont les personnages se moquent eux-mêmes), où les protagonistes discutent d'éléments appartenant à la fiction du premier film, qui se déroulent à nouveau dans le quatrième volet. Et ceci dans quel but? Pour que le tueur puisse livrer le massacre ultime, et donc, à comprendre entre les lignes et les images, pour que Craven puisse réaliser son chef-d'oeuvre? Voici la prétention pas vraiment assumée d'un cinéaste qui, à défaut de proposer un vrai film de terreur, nous inflige une comédie burlesque un peu gore (mais un peu seulement), où toutes les scènes horrifiques se retrouvent désamorcées par des méta-personnages agaçants, qu'un Craven pantouflard met en scène de manière bien peu inspirée. Sans parler de la photographie, immonde de nuit, qui aurait peut-être pu trouver une justification dans le processus d'enregistrement dans le long-métrage (le tueur filmant ses propres meurtres), mais qui ne se développe jamais – alors que l'on vente le concept dans le film comme étant révolutionnaire. Beaucoup de bruit pour rien, donc.
Et à Neve Campbell, qui semble fatiguée et lasse pendant tout le film, de lancer dans un élan héroïque et réflexivement prétentieux la conclusion finale: « La première règle des remakes, c'est de ne pas niquer l'original ». On rigole (ou pas), mais si on rit, on rit jaune. Surtout lorsque l'on sait que Craven a quand même auto-produit plusieurs de ses propres remakes, l'on pourrait remettre en question l'intégrité artistique de ce cinéaste qui, pendant tout le film, critique les films d'horreur de la nouvelle ère (le torture-porn à la Saw en prend pour son grade). Mais ce n'est pas la double mise en abyme du générique d'ouverture, les quelques gags qui font mouche et la jolie Hayden Panettiere qui sauveront le navire dans une ultime manœuvre. En l'état, l'on se retrouve devant un film bien trop réflexif et qui n'assume, tristement, pas son genre. Il m'est avis que "Scream 4" aura grande peine à trouver son public.