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Auréolé du triomphe d’Adieu les cons, Dupontel le frondeur se trouve dans une position inconfortable : tout lui sourit, tout lui est possible, et le voilà dans le fauteuil des grands patrons du cinéma national, alors qu’il a toujours voulu fustiger le système. Second tour porte très clairement cette inquiétude, par l’incarnation d’un candidat à la présidentielle phagocyté par un milieu qu’il hait en secret, et rongé par une part manquante liée à l’enfance qu’on lui aurait violemment arrachée.


La sincérité est donc toujours de mise, dans un film qui reprend les ingrédients habituels de son cinéma : satire et tendresse assumée, souhait de poétiser un monde dont la décadence est généralisée. Le début, focalisé sur le duo de journalistes TV Cécile de France et le toujours excellent Nicolas Marié, fonctionne plutôt bien, surtout dans cette lecture filée du monde par le prisme du foot. La première partie de l’enquête présage une intrigue assez retorse, dans laquelle le thriller politique laisse place à un discours antisystème assez convenu, bientôt gangrené par un pessimisme qui va pétrifier la narration.


On peut évidemment comprendre l’état d’esprit du scénariste/comédien/réalisateur face à l’état du monde, dont le titre du précédent film résumait en quelques mots l’état d’esprit. L’idée de recourir à la simplicité de ton n’est pas non plus blâmable, reprenant pour elle la tonalité bien française du conte philosophique, idéalisant le refuge rural contre la ville salie par les technocrates, opposant la facticité télévisuelle à une nature dans laquelle le bestiaire tente de convoquer la poésie enfantine de La Nuit du Chasseur. Mais chaque initiative du réalisateur semble abîmée par la volonté de trop en faire. L’esthétique, souvent très laide, confond poésie et saturation, la musique mièvre s’incruste inutilement dans de trop nombreuses séquences, et le portrait béat du simple d’esprit qui « ne connaît rien, mais sait tout » finit par faire office de pare-feu à un récit de plus en plus laborieux.

On a ainsi du mal à comprendre certaines des décisions prises par les protagonistes, la manière dont on remplace le candidat par son jumeau pour le mettre en danger avant de s’offrir aux balles de l’ennemi, pour un suicide dénué de logique, si ce n’est celle d’une fin nécessairement tragique, exactement comme dans Adieu les cons.

La sincérité de Dupontel incitera toujours à la clémence : il fait partie de ces cinéastes qui creusent le même sillon pour tenter de se guérir du monde, espérant faire un peu de bien à ceux qui les suivront. Et s’il trébuche, c’est davantage par excès de tristesse que de cynisme.


(5.5/10)

Sergent_Pepper
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le 25 oct. 2023

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Sergent_Pepper

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