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le 22 mars 2025
SuivreUne militante et une mère
Coécrit par Mohammad Rasoulof, Sept jours n'a pas la puissance de ses propres films en tant que réalisateur, mais trace sa voie de manière sensiblement efficace, entre thriller politique et drame...
Sept jours est un film germano-iranien fort, intense et poignant, qui interroge la valeur des combats et des engagements humains. Il s’inspire librement de la figure emblématique de Narges Mohammadi, militante iranienne pour les droits humains, lauréate du prix Nobel de la paix en 2023.
Le réalisateur iranien Ali Samadi Ahadi, naturalisé allemand depuis sa fuite à l’âge de 12 ans lors de la guerre Iran-Irak, s’appuie ici sur un scénariste de prestige, Mohammad Rasoulof, récent réalisateur du puissant Les Graines du figuier sauvage, primé à Cannes et à Sydney en 2024. Par ailleurs, Rasoulof aurait dû réaliser ce film, mais sa situation délicate en Iran ne le lui a pas permis.
Partir ou rester : l’impossible équation
Sept jours raconte avec émotion et suspense le dilemme de Myriam, combattante inlassable des droits des hommes – et surtout des femmes – emprisonnée dans les geôles de Téhéran. Bénéficiant de sept jours de permission pour raisons de santé persistantes, avec interdiction formelle de reprendre ses activités militantes, elle doit décider : profiter de ce répit pour rejoindre sa famille exilée de longue date à Hambourg, ou poursuivre sa lutte en Iran, depuis la prison.
A l’instar des récents Les Graines du figuier sauvage (2024), Tatami (2024) ou encore Lire Lolita à Téhéran (2025), ce long-métrage met aux prises une femme iranienne discriminée comme tant d’autres par le pouvoir politique, lequel n’hésite pas à mettre la pression sur leur situation familiale pour les faire plier.
Explorer en profondeur, avec la sensibilité des mots et l’intériorité des non-dits, la dualité intérieure de cette femme – entre un combat politique sacrificiel et une famille qui la réclame en vain – ne pouvait réussir qu’en s’appuyant sur une actrice iranienne au talent immense : Vishka Asayesh. Installée en France depuis 2022, c’est le premier film dans lequel elle joue sans voile, avec pour conséquence de ne plus pouvoir travailler dans le cinéma iranien.
La fuite et la difficile confrontation
Le film se compose de deux parties très différentes et contrastées, mais également incertaines et bouleversantes, l’ensemble prenant la forme d’une course haletante contre la montre, sur une durée contenue de moins de deux heures qui passe sans qu’on s’en aperçoive.
Dès sa sortie de prison, Myriam est accueillie par son frère, arrachant son voile dans un geste immédiat de rébellion contre le pouvoir. Il lui permet alors d’échanger directement en visioconférence avec sa famille : son mari et ses deux enfants, Lena (15 ans) et Alborz (8 ans), n’hésitant pas à parler en allemand pour souligner le fossé qui les sépare désormais, et les doutes de Lena exprimés dans des paroles glaciales – “Sie kommt nicht” (“Elle ne viendra pas”) – que Myriam finira par comprendre.
D’abord bien décidée à retourner en prison à l’issue des sept jours alloués, Myriam accepte finalement la fuite vers la frontière turque, où elle pourra enfin serrer les siens dans ses bras. Ressemblant à une cavale précautionneusement organisée pour éviter toute dénonciation, le film suit sa dangereuse pérégrination vers les superbes montagnes enneigées du nord de l’Iran, jusqu’à la frontière qu’elle doit franchir seule, à ses risques et périls – peut-être un voyage sans retour, au vu de son état de santé. Sans jamais montrer la menace ni la surveillance politique, on les sent omniprésentes, à travers une mise en scène épique et haletante.
La deuxième partie met en scène cette rencontre tant attendue, mais ô combien difficile, avec son mari et ses enfants. Dans un petit village de montagne, elle vit des moments intenses, fugaces, de bonheur et de tendresse, mais aussi d’incompréhensions, tant pour ses proches que pour elle-même, sur ses véritables intentions. Myriam est en permanence rongée par le besoin de retourner à ses luttes politiques.
Mais peut-elle véritablement les quitter pour retourner dans son enfer iranien, surtout dans un état de santé diminué ? La fin ouverte permet à chacun de s’interroger sur la vanité ou la nécessité de cette quête, insensée ou essentielle.
Une pierre à l’édifice
Sept jours est un film émouvant et déchirant, qui offre un regard essentiel sur la lutte des femmes en Iran et les sacrifices qu’elles font pour leurs droits et leur liberté.
Il s’agit d’un film indispensable, à l’instar de ses prédécesseurs, pour contribuer à dénoncer la privation des droits humains fondamentaux, et la discrimination subie par les femmes en Iran – mais aussi dans d’autres pays où règne un islamisme intégriste, comme l’Afghanistan. Un manifeste brûlant, à voir sans modération.
Ma critique est à retrouver sur Le Mag du Ciné : https://www.lemagducine.fr/cinema/critiques-films/sept-jours-ali-samadi-ahadi-critique-film-10077554/
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Créée
le 23 août 2025
Critique lue 233 fois
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