Il y a quelque chose d'absolument formidable dans Sequel in a blue room. Outre sa capacité à utiliser les archétypes du milieu homosexuel pour les mettre en scène sous un jour quasi-horrifique, sinon malaisant (ce que certains pourraient prendre pour une critique), c'est un film qui livre une synthèse claire, épurée, en plus d'un sens léché de l'esthétique qui plonge directement et sans filtre dans l'ambiance d'un milieu gay parfait, si parfaitement optimisé qu'il en devient un cauchemar éveillé avec des passages quasiment proches du satanisme. Peinture sans concession et portrait complexe d'un jeune homosexuel accro au plan Q depuis trop jeune (18 ans et déjà si bien introduit), ce film est un bâton de dynamique qui risque d'en faire bader plus d'un. On y va !


Attention, spoils en vue !

Sequin, c'est un avatar sur une appli type GrindR, un fantasme incarné par un jeune ado dont le nom ne sera jamais prononcé, qui répond oui à tout (sans tomber dans le hardcore façon Little Gay Boy) et qui bloque instantanément après pour éviter de subir les conséquences d'une interaction sexuelle. Déjà, c'est parfait. L'interaction avec le milieu, le catalogue de torses/bites, le fait de se fantasmer un personnage, le vide constant de l'existence autour qui n'est qu'une attente jusqu'au prochain shoot de sperme, tout dans ce portait est déjà parfait. C'est une version fantasmée et banale du quotidien de nombreux gays qui se fréquentent 2 heures avant de revenir à leur quotidien. C'est juste ultra épuré pour nous faire ressentir la solitude, l'extase et le côté hygiénique du ban après coup façon kleenex. Et la répétition, la quête du prochain coup qui gâche les options prometteuses, les orgies (très belle séquence bleutée qui nous renverrait presque à la fastueuse séquence rouge de Théo et Hugo dans le même bateau) ... Tout est à la fois désespérant et enivrant, un cocktail qui séduira peu les hétéros mais qui sent le vécu dans la communauté.


Et dans cet enfer délicieux, ce personnage ultra sexualité d'étudiant, filmé sous toutes les coutures, qui se vit comme un fantasme pour se sentir désiré. Un incube qui se rêve ange, sans arrêt dans la fuite en avant, qui traite chaque coup comme ses capotes usagées, qui se retrouve d'un coup cueilli par un coup de foudre... qui le traitera de la même façon qu'il a traité les autres. La détresse, l’obsession, la cruauté qui découlent de ce pur effet de manque, complètement nouveau et encore plus addictif, précipite alors Sequin dans une direction trouble qui le mettra peu à peu en danger. Je n'irai pas plus loin dans le spoil, tous les ingrédients sont là. Il est très rare d'assister à un univers aussi fantasmé et aussi inquiétant, qui a su capturer à sa façon un large spectre de la culture homosexuelle, dans ce qu'elle a de plus glauque et de plus intense. La soif d'éternité y côtoie le harcèlement et l'auto-destruction, et c'est d'autant plus fascinant que notre protagoniste a une vie calme et très confortable en dehors de son appli. On pourrait même le classer parmi les homosexuels privilégiés au vu de son contexte (père solitaire très bienveillant et lucide, meilleur ami très très proche, études posées et financées par la famille... On est presque dans Call Me by your name). Et c'est donc bien des pulsions que le film va explorer, à la fois de vie et de mort, dans une fuite en avant qui fera parfois mal, mais qui parvient à retrouver un modeste équilibre dans un dénouement plus lucide que prévu, délaissant enfin l'absolu pour rechercher l'équilibre.


Certes, je n'ai pu m'empêcher de juger un peu certaines situations (ou habitudes) avec mon expérience, chose que le film ne fera pas même si sa mise en scène me semble très calibrée question ambiance. Mais le résultat est si parfait, intense et sincère qu'on tient là un excellent film Gay sur le milieu et ses codes, et une dissertation sur la maturité du désir sculptée par un parcours pas parfait, mais marquant. Surement un peu amer et rude dans son approche (comme le goût de... du café... bref), mais indubitablement un des meilleurs de la catégorie "art & essai LGBT" qui ne sombre jamais dans la pornographie malgré l'enchaînement des scènes de sexe qui servira à appâter le chaland. Mais vous savez, quand on aime se laisser prendre à l'hameçon...

Voracinéphile
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le 25 juin 2025

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