De l'avis même de Richard Brooks, le film est raté. Et l'on partage cet avis pour la raison simple mais essentielle que le postulat développé par le cinéaste ne rencontre pas un personnage convaincant.
Le fascisme à taille humaine peut certes se définir par l'intransigeance et les principes bornés du sergent Ryan (Richard Wydmark) mais, dans la réalité, hormis peut-être à la fin du film où le comportement du sous-officier se radicalise, Ryan n'évoque en définitive rien d'autre que l'instruction militaire dans toutes ses généralités, à travers des pratiques, brimades, discours militaristes, communs à la caserne la plus quelconque...
On pourrait facilement comprendre l'hostilité des recrues pour l'institution militaire mais leur haine exclusive contre le sergent instructeur s'explique mal tant ce dernier, dont on devine le paternalisme derrière la rudesse, n'a rien d'un salaud. N'oublions pas, par ailleurs, que les recrues sont formées dans l'urgence de la guerre de Corée.
C'est la faiblesse de ce personnage de n'être pas complètement antipathique, en dépit de sa fonction, et d'être conforme aux usages du métier. Dès lors, l'affrontement entre Ryan et ses bleus n'est pas crédible et peu satisfaisant en termes de psychologie -il manque au film de porter, précisément, un vrai suspense, un vrai conflit de type psychologique.
Dans la réalité, l'action du film -l'apprentissage quotidien et anecdotique d'un contingent - n'est pas, en tout cas, de nature à effaroucher l'état-major car l'attitude 'fascisante" du sergent Ryan est complaisamment marginalisée...
En se refusant à une franche brutalité et à une remise en cause des principes mêmes de la conscription, le propos de Brooks est souvent fade, consensuel d'une certaine façon, contre toute attente.