Je m'attends toujours à être décontenancé par Dominik Moll... et "Seules les bêtes" ne m'a pas déçu à ce niveau. L'intrigue démarre avec quelques personnages dans la ruralité hivernale du Massif Central. Une agent d'assurance trompe son mari, mais ni celui-ci ni son amant ne semblent bien dans leur tête. Une femme disparait. Un gendarme tente de mener l'enquête.
Le début est plein de mystère et de tension, brumeux dans le récit, neigeux dans le visuel, presque teinté de fantastique, comme sait le faire l'auteur de "Harry, un ami qui vous veut du bien" ou "Lemming". Puis divers points de vue vont se succéder, apportant les pièces de puzzle de cet étrange cohorte de personnages.
En soi, l'idée d'un récit éclaté dévoilé au fur et à mesure n'a rien de neuf. Ce qui distingue "Seules les bêtes", c'est son ambiance. Et ces deux thématiques. D'un côté, la profonde solitude amoureuse des gens.
Michel, l'éleveur mutique qui zappe sa femme adorable. Alice, qui trompe son mari pour l'ombre d'un homme. Joseph, rustre et dérangé par la mort de sa mère. Marion, capable de traverser le pays pour rejoindre l'amante d'une nuit. Armand, escroc à l'amour qui est ironiquement privé de son ex et de sa fille par un riche Français. Évelyne, avec son chien, est la seule à être un peu comblée... et en paiera le prix malgré elle.
De l'autre, la notion de hasard. Sans en révéler trop, disons que beaucoup de coïncidences et d'ironies seront déployées dans cette histoire. J'ai d'ailleurs bien ri à plusieurs reprises, sans savoir si c'était l'intention du réalisateur. Cela amène à plusieurs reprises à secouer sa suspension d'incrédulité, avec des événements très improbables... mais c'est le thème du film...
Il y a par ailleurs un autre sujet au coeur du scénario, qui s'avère avec le recul particulièrement pertinent.
Cette phase d'arnaque à l'amour fait évidemment penser à la retentissante affaire de l'arnaque au faux Brad Pitt, où une décoratrice cinquantenaire s'était fait escroquée de centaines de milliers d'euros.
L'ensemble est enfin porté par une belle distribution. Les bien établis Valeria Bruni Tedeschi et Denis Ménochet. Ou Laure Calamy et Bastien Bouillon, dont les carrière vont décoller dans les années 2020.