Comme bon nombre de premiers films, Sew Torn est à l'origine un court-métrage suffisamment inventif pour s'être attiré les faveurs de nombreux festivals et réalisateurs de renom. Notamment l'un des frères Coen, tellement impressionné par le résultat qu'il est parvenu à convaincre Freddy Macdonald, son très jeune auteur (à peine 23 ans au compteur !), de le transposer au format long.


On comprend sans peine ce qui a tapé dans l’œil du créateur de Fargo ou Un plan simple tant Sew Torn déborde d'éléments typiquement « coenesques » : un cadre en apparence idyllique (les magnifiques et paisibles reliefs montagnards des Alpes suisses) au sein duquel un personnage parfaitement lambda, ici une jeune couturière ambulante empêtrée dans ses dettes et s'apprêtant à fermer la boutique familiale (Eve Connolly, dont la beauté diaphane et le regard constamment fuyant et apeuré fascinent de bout en bout), se retrouve par un malencontreux hasard témoin d'un trafic de drogue ayant mal tourné, aux prises avec des criminels pour la plupart plus proche du branquignole pas bien dégourdi que du tueur implacable et sanguinaire. Le tout dans un mélange assumé de noirceur et d'humour caustique, très porté sur la rupture de ton et les protagonistes haut en couleur.


Le problème avec le passage du court au long-métrage, c'est qu'une idée créée à la base pour captiver l'audience sur un temps réduit (plus proche de fait du high-concept que d'une réelle base narrative) est souvent difficilement transposable sur la durée sans tomber dans la simple fumisterie. Et malheureusement, Sew Torn n'échappe pas à la règle et en est réduit à se rabattre sur le trope assez casse-gueule du choix alternatif (que se serait-il passé si le protagoniste avait pris une décision différente à l'instant T ?) pour justifier ses quatre-vingt seize minutes, donnant plus l'impression de trois court-métrages montés à la suite l'un de l'autre que d'un seul film. Cela dit, cette enchaînements de parcours différents basés sur un point de départ commun s'intègre parfaitement à la métaphore du fil de couture que le réalisateur décline à foison dans son long-métrage, que ce soit sur le plan psychologique (ce jeu de miroir entre l'héroïne et le fils du dealer, tous deux littéralement incapables de couper le fil les reliant à leur passé ou leur entourage toxique), ou purement visuel avec ses nombreuses scènes assez jouissives au cours desquelles la couturière utilise de manière ingénieuse et, il faut le dire, assez loufoque, toutes les possibilités que peuvent lui fournir ses fils et ses aiguilles.


Des séquences qui flirtent certes dangereusement avec les limites du plausible et risquent de faire lever les sourcils des spectateurs les plus cartésiens, mais après tout, n'est-ce pas le principe même du cinéma que de nous faire accepter l'invraisemblable ?

Little-John
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le 24 déc. 2024

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Little John

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