« Le paraître, plutôt que l'être »

Inspiré de faits réels, le film nous plonge dans une affaire juridique entre un professeur et la mère d'un élève qui l'accuse de maltraitance. Difficile de rester insensible à un sujet dans lequel on peut tous se projeter, et porté par des acteurs et actrices assez remarquables.


Implacable, mais avec grande sobriété, le film déploie les affres de la culture japonaise, comme celle de l'excuse et de la contrition, dans un jeu de dissimulation identitaire, broyant l'individualité au profit de l'ordre et de la tranquillité.


Entre la pression hiérarchique et médiatique, la xénophobie de l'étranger et de l'altérité, on brasse différentes thématiques sociales qui remettent un peu en cause les institutions et les fondations même sur lesquelles reposent nos propres structures, l'éducation, le médical, le journalisme, et le foyer.


Entre les faits, les interprétations, la libre expression des réseaux et la corruption, le procès devient un plateau d'échecs entre la vérité et le mensonge, un microcosme du monde moderne, surchargé d'information permanente, où il devient de plus en plus difficile de savoir qui a tort ou raison.


L'un des points les plus frappants réside dans l'appropriation des adultes sur le monde de l'enfance, c'est leur sujet de préoccupations principales, et pourtant, ils ne sont ni écoutés ni même entendus. La sensibilité et leur ressenti sont totalement étouffés par les névroses de l'adulte et de ces discours, des parents qui n'hésitent pas à instrumentaliser leur enfant pour transformer leur récit en arme. L'homme est doué pour fabriquer des mensonges, non pas dans le sens que c'est faux, mais pour finalement justifier sa propre violence bel et bien réelle.


À l'image même de la construction d'un film et de l'ensemble des médias sociaux, tout n'est qu'illusion et manipulation, cherchant à nous orienter, nous mobiliser, que ce soit par la publicité, les news politisées, tout le monde cherchant à participer, à donner son avis pour exister ou conjurer des choses plus intimes, sans voir dans quel jeu de masse la société est entraînée.


Oppressant et glaçant, Takashi Miike nous propose une vision des relations humaines fondée sur la croyance d'une version par une majorité, peu importe les preuves ou les doutes, et préférant transformer la lente procédure d'une enquête, des études et de la réflexion, au profit de la rapidité, de la facilité, et de se décharger dans des réactions et frustrations émotionnelles.


D'un autre côté, on pourra éprouver de la frustration à ne pas cerner les motivations de certains personnages, ou regretter le manque de développement d'autres, comme l'avocat, qui semble un peu surfait dans son entreprise généreuse et gratuite, et malgré cette volonté de susciter l'émotion, c'est lourdement démonstratif, ce qui donne l'impression d'un surjeu dramatique appuyé et étiré par moments.


On peut aussi noter que le film joue sur l'ambiguïté, mais la fraude est rapidement établie, et ce, dès l'apparition du titre. De plus, le film ne peut s'empêcher à plusieurs reprises d'exprimer ce que l'on voit, et, bien que magnifique, le monologue en fin de procès fait un résumé du fil de la vérité.

Intéressé pour débattre sur les différentes perceptions des versions de nos visions ? N'hésitez pas à venir réinterroger la distinction entre croire et savoir !

Illusionperdue
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Sham

Sham

9

Florence_Obscur

le 4 févr. 2026

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