Shana
6.4
Shana

Film de Lila Pinell (2026)

Shana est un film écrit et pensé pour son actrice. Eva Huault jouait déjà dans le moyen métrage de Lila Pinell (Le roi David, prix Jean Vigo) et sera dans chaque plan ici. On l’avait aussi aperçu en monitrice d’autoécole dans Baise-en-ville, de Martin Jauvat, qui incarne lui le voisin de Shana ici, pour deux jolies scènes. C’est une sacrée découverte, Eva Huault. Dans la lignée d’une Laetitia Dosch (dans La bataille de Solferino) ou d’une Kenza Fortas (Shéhérazade).


Elle incarne Shana. Elle est Shana. Shana impressionne en tant que créature artificielle, beauté vulgaire, toute en lèvres siliconées, faux ongles, sourcils au crayon et un langage de cité très prononcé. Elle m’a rappelé un personnage safdien, au féminin. En particulier celui campé par Adam Sandler dans Uncut gems. Là aussi il sera question d’un bijou : la bague de mamie, qu’on va vendre au rabais à une danseuse de bar avant de vouloir la récupérer chez un bijoutier indien.


Comme chez les Safdie, Shana est une juive errante dans une immensité urbaine indomptable, juive sans l’être puisqu’elle était en foyer quand elle avait l’âge de faire sa bar-mitsvah. Le film creuse cet abandon là (la mère est par ailleurs campée par Noémie Lvovsky) tout en procédant à la réunion de cette curieuse famille pour la bar-mitsvah à venir de la jeune (demie) sœur.


Mais Shana c’est aussi la compagne de Moïse, qui est en prison et on ne sait pas si c’est pour deal ou violences conjugales ou les deux, toujours est-il qu’elle ne peut pas lui rendre visite. Mais Shana continue de faire ce qu’il lui demande et notamment de se charger de son business, écouler son stock de shit et tenir la caisse, dans laquelle parfois elle se sert. Bref, Shana est à la fois rebelle et sous emprise. Indépendante et amoureuse.


C’est un cinéma qui foisonne mais qui manque peut-être de rythme, de mouvement. On sent qu’il n’ose pas trop étirer les scènes. Qu’il préfère terminer chaque saynète par une vanne ou un gag. Je ne crois pas qu’il y gagne. Les meilleures scènes sont celles qui grimpent, qui explosent, à l’image de celle dans le magasin, avec la dispute mère fille ou bien qui s’installent étrangement, sans faire note d’intention : la très belle scène de cigarette avec la serveuse en pause, qui raconte combien ce fut compliqué de quitter son toxique amour de jeunesse, combien elle en est fière et combien elle y repense pourtant chaque jour.


Le film s’ouvre sur – et est jalonné – d’illustrations des dix plaies d’Égypte comme pour définir un trauma (le personnage dit qu’elle regardait ces images étant petite) qui poursuit encore et encore, jusqu’au prénom du petit ami toxique. Ce n’est pas toujours d’une grande finesse – surtout la plongée allégorique avec scène des escarres pendant son recours à la prostitution – mais ce serait dommage de s’arrêter là-dessus (et sur cette voix off sans intérêt) tant le film est avant tout le récit de cet étonnant personnage doublé d’une émancipation contre la masculinité : l’ultime séquence fait vraiment office d’éloge de la sororité.

JanosValuska
6
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le 4 août 2026

Critique lue 15 fois

JanosValuska

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