Plus de vingt ans auparavant, l’Asie s’était invitée au Far West avec Le Soleil rouge, dans une ambiance bien plus sérieuse, portée par de grandes pointures : Charles Bronson, Alain Delon et Toshiro Mifune. Avec Shanghai Kid, l’Asie revient dans l’Ouest américain, mais cette fois avec Jackie Chan et, bien sûr, la légèreté qui accompagne la plupart de ses œuvres.
Shanghai Kid mêle ainsi western, comédie et kung-fu. Il reprend les codes du western pour mieux s’en amuser. Et, pour ma part, ce mélange fonctionne très bien.
Tout commence avec l’enlèvement d’une Princesse chinoise. L’enjeu de ce western atypique est, pour certains, de retrouver la Princesse ; pour d’autres, de mettre la main sur un fabuleux trésor en or. C’est surtout l’occasion de faire se rencontrer deux univers culturels, celui de l’Ouest et celui de l’Est, dans un joyeux mélange qui ne se prend jamais au sérieux.
Le duo formé par Jackie Chan et Owen Wilson constitue la véritable force du film. Contrairement à Rush Hour, où l’humour naissait surtout du contraste entre Jackie Chan et l’énergie débordante de Chris Tucker, Owen Wilson joue davantage la décontraction. Leur complémentarité fonctionne parfaitement. Et il ne faut pas oublier les personnages secondaires, eux aussi très bien caractérisés, avec une mention spéciale pour Walton Goggins, qui campe un hors-la-loi complètement allumé.
Ce western léger coche la plupart des cases du genre : attaque d’Indiens, saloon, « danse » sous les balles d’un révolver, séquence dans une baignoire, prostituées, alcool, duel, tir sur des bouteilles, évasion de prison, avis de recherche, pendaison... Mais chacun de ces éléments est traité avec humour. Le duel n’aboutit pas dans un premier temps avant de se dénouer finalement de façon tout à fait loufoque ; la scène de la baignoire tourne à la grande bouffonnerie ; le tir sur les bouteilles est une véritable catastrophe ; la pendaison dégénère en chaos complet. Et, pour brouiller encore davantage les codes, les deux « héros » partis sauver la Princesse sont eux-mêmes sauvés à trois reprises par Falling Leaves, une jeune Amérindienne devenue, un peu malgré elle, l’épouse de Chon Wang, personnage campé par J. Chan.
L’humour affleure constamment. Le nom même de Chon Wang évoque phonétiquement John Wayne ; le cheval se montre aussi malin que Jolly Jumper ; quant au hors-la-loi incarné par Owen Wilson, il est surtout préoccupé par sa réputation et par l’effet qu’il produit sur les femmes. Bref, rien n’est vraiment sérieux, !
Si Jackie Chan n’est pas un habitué du Far West, il trouve pourtant ici un terrain de jeu qui lui convient parfaitement. Il peut y déployer son sens du mouvement, son inventivité dans les combats et ses acrobaties favorites, même si celles-ci ne constituent pas l'élément principal du film.
Shanghai Kid est avant tout un divertissement généreux, rythmé et plein de bonne humeur. Il montre qu'il était possible de marier deux genres aussi éloignés que le western et le kung-fu sans que l'ensemble paraisse artificiel. Le film confirme aussi que Jackie Chan a su conserver son identité en arrivant à Hollywood. Son humour, son sens du mouvement et sa manière unique de chorégraphier l'action restent immédiatement reconnaissables, même au milieu des paysages de l'Ouest américain.