Dans le paysage des comédies américaines des années 80, She-Devil, la diable se démarque par son approche mordante du féminisme et de la revanche conjugale. Réalisé par Susan Seidelman (Recherche Susan désespérément), le film met en scène une Meryl Streep délectable dans un rôle de romancière narcissique et une Roseanne Barr métamorphosée en épouse trompée bien décidée à se venger.
Une satire acide de la revanche féminine
Le film suit Ruth Patchett (Roseanne Barr), une femme au foyer gauche et mal dans sa peau, qui découvre que son mari Bob (Ed Begley Jr.), un comptable carriériste, la trompe avec Mary Fisher (Meryl Streep), une écrivaine de romans à l'eau de rose vivant dans un luxueux manoir. Plutôt que de se lamenter, Ruth décide de ruiner la vie de son mari, méthodiquement, en sabordant son existence professionnelle et personnelle.
Seidelman injecte dans le film un humour noir qui flirte parfois avec le grotesque, s’éloignant du simple récit de vengeance pour s’aventurer dans une critique plus large des rôles genrés et des apparences trompeuses. Ruth, d’abord reléguée au rôle de femme invisible et méprisée, devient une stratège redoutable, tandis que Mary, d’abord présentée comme une femme fatale, révèle peu à peu ses propres insécurités et travers.
Meryl Streep en mode caricatural et irrésistible
Meryl Streep, qui n'était pas encore l’icône hollywoodienne intouchable qu’elle est devenue, s’amuse dans un registre de comédie outrancière. En incarnant Mary Fisher, elle joue une diva maniérée et capricieuse, obsédée par son image et ses romances fantasmées. Sa performance est un régal, oscillant entre glamour ridicule et vulnérabilité inattendue.
Face à elle, Roseanne Barr, surtout connue pour son sitcom Roseanne, joue sur son image de femme ordinaire pour mieux incarner la transformation progressive de Ruth, passant du cliché de la ménagère frustrée à une femme indépendante et calculatrice. Son jeu volontairement impassible et son timing comique donnent au film une saveur particulière.
Une esthétique kitsch mais efficace
Visuellement, She-Devil respire les excès des années 80 : costumes criards, décors clinquants et une direction artistique qui souligne le contraste entre la vie terne de Ruth et l’univers factice de Mary. La réalisation de Susan Seidelman est fonctionnelle mais joue habilement sur l’opposition des couleurs et des décors pour illustrer la montée en puissance du personnage principal.
Un film sous-estimé mais piquant
Si She-Devil n’a pas eu un énorme succès critique à sa sortie et reste aujourd’hui une comédie méconnue, il mérite qu’on s’y attarde pour son regard satirique sur les stéréotypes féminins et son énergie féministe avant l’heure. Sans être un chef-d’œuvre, il offre un divertissement acide porté par une Meryl Streep jubilatoire et une Roseanne Barr impassible mais redoutable.
➡ À voir pour : les amateurs de comédies vengeresses, de satire sociale et de performances exagérées mais jouissives.
🎬 Note : 6/10