En parfait opportuniste et réalisateur de cinéma d’exploitation s’étant frotté à tous les sous genre possible du nudies à la hiksploitation en passant par le western , la science fiction, la pornographie et l’horreur, Herschell Gordon Lewis ne pouvait pas passer à côté de la vague Bikersploitation et du succès des films de Russ Meyer. C'est ainsi qu’en 1968 sort She-Devils on Wheels un film avec un gang de motardes rebelles et limite misandres.
She-Devils on Wheels raconte donc l’histoire d’un gang de bikeuses qui s’appellent les Man Eaters et dont l’occupation principale est d’organiser des courses sauvages qui permet à la gagnante de choisir en premier l’homme qu’elle utilisera pour la nuit. Lorsqu'une bande de mâles en bagnoles empiète sur leur territoire de course, c'est une guerre des sexes qui s’amorce entre nanas à deux roues et mecs à quatre pneus.
Sans grande surprise She-Devils On Wheels est assez mauvais et très Z mais par de courts instants on se dit que quand même ça aurait pu être vachement bien. Pour commencer un groupe de nénettes motardes habillées avec des couleurs pop acidulées et dont le logo est un chat rose à nœud papillon avec des dents de vampires c’est plutôt cool, faire de ces filles une bande de furias féministes qui n'utilisent les hommes que pour les servir dans le plaisir était aussi un point de vue relativement originale. Le problème c’est qu’en cherchant un peu on découvre que le réalisateur a choisi de caster de véritables motardes alors qu’il aurait sans doute été préférable de surtout choisir de véritables actrices, car même si la plupart ne font guère que (mal) de la figuration les trois ou quatre filles un peu plus étoffés niveau personnages sont loin d’être mis en valeur par l’interprétation au forceps des pseudos actrices. Et puis le gang de nanas est assez vite saoulant à surjouer les badass girls entre deux éclats de rire forcée, seule deux personnages avec un poil de densité dramatique surnagent un peu avec Karen interprétée par Christy Wagner et surtout Honey Pot la benjamine qui souhaite intégrer la bande interprétée par Nancy Lee Noble. Honey Pot est même le personnage le plus cool et attachant de l’histoire et celui qui nous offre les meilleures scènes comme lorsque pour sa cérémonie d’initiation toutes les filles viennent embrasser le sang de son doigt entaillé au couteau avant de déposer un délicat baiser sur ses lèvres; c’est aussi ce personnage qui connaîtra le sort dramatique le plus funeste dans un des rares moment ou le film dépasse la superficialité de son concept pour proposer un vrai moment d’émotion. Concernant le personnage de Karen, le fait qu’elle tombe amoureuse d’un garçon alors que c’est interdit par le règlement des Man-Earters qui oblige les indélicates membres amoureuses de la confrérie à traîner leur petit ami sur le bitume attaché derrière leur propre moto en guise de punition aurait pu apporter un peu de suspens et une dimension dramatique mais cette sous intrigue n’est pas vraiment explorée à sa juste valeurs.
Le plus gros soucis avec ce She-devils On Wheels c’est que jamais Herschell Gordon Lewis ne semble vouloir creuser plus loin que la superficialité de son concept de nenettes badass à moto et de film d’action qu’il met d’ailleurs assez mal en valeurs . Car on se lasse relativement vite de voir ces filles déambuler interminablement en moto et de les regarder s’esclaffer comme des dindes rescapées de Thanksgiving à la moindre occasion. Et lorsque que c’est l’action qui est à l’honneur on ne pourra pas dire que le réalisateur soit à la hauteur à l’image d’une baston façon guerre des sexes très mollement mise en scène se terminant par les mecs gisant sur le sol tandis que les motardes s’apprêtent à leur pisser dessus (Hors champ bien sûr). Comme on ne se refait pas Herschell Gordon Lewis agrémente quand même son film de quelques effets sanglants dont une décapitation plutôt bien foutue pour ce type de production sans gros budget.
Au final She-Devils on Wheels n’est pas vraiment désagréable à regarder mais le film semble tout de même terriblement creux et superficiel. Dommage car avec des personnages mieux écrits, une intrigue un peu plus construite, le divertissement aurait clairement pu se hisser à un niveau bien supérieur et sans trop se fouler en plus.