L'association Kourtrajmé est active depuis 1994, alignant les courts-métrages et clips-vidéo (dont le fameux Stress de Romain Gavras). Il n'est donc pas étonnant que ses membres se mettent au long-métrage au bout d'un moment. Kim Chapiron sera le premier avec Sheitan, un film qui a été peut-être un peu vite considéré comme un film d'horreur ou un film extrême.
Si quelques moments horrifiques sont bel et bien là, ils sont concentrés sur la dernière partie du film. De même, Sheitan n'est pas vraiment trash, surtout en comparaison de Martyrs (Pascal Laugier, 2008) ou d'A l'intérieur (Bustillo, Maury, 2007). Chapiron amène l'aspect horrifique par petites touches, montrant une fille amenant de potentielles proies chez elle en espérant que cela marche. Idem avec les fameuses poupées ou un accouchement revenant régulièrement sur le tapis. Par contre, il y a un côté excessif constant, que ce soit par les interactions d'Olivier Barthélémy avec tout le monde (jusqu'aux coups), les passages en voiture (dont un où le futur réalisateur des Misérables Ladj Ly fait du drift dans Paname) ou la dernière partie génialement frappadingue.
Pour le reste, Sheitan se présente surtout comme un film de potes fait entre potes, doublé d'un film rigolo et fun. Chapiron s'amuse de ses personnages, que ce soit le gros bourrin Bart qui aura droit à son lot de corrections (Barthélémy), le dragueur Ladj toujours collé au téléphone avec sa vraie copine ; ou le donneur de leçon Thaï aussi irrespectueux que les autres (Nicolas Le Phat Tan).
Au final, on a plus de sympathie pour le personnage de Leila Bekhti (la grande gentille de l'histoire) ou même les fameux campagnards. Vincent Cassel est en roue-libre totale, mais c'est aussi ça qui est amusant. L'acteur arbore un sourire délirant sur une bonne partie du film, le personnage semblant dans une bonhomie permanente. Sans compter ses grognements et ses réactions improbables (Cassel qui balance naturellement le n-word à Ladj Ly, ça vaut son pesant d'or).
En résulte un film fait par des sales gosses pas forcément choquant (l'interdiction aux moins de 16 ans est totalement improbable et injustifiée). Néanmoins, on s'amuse souvent devant ce réveillon de Noël frappadingue balançant ses cartes horrifiques avec une rapidité déconcertante. Mais tout le monde n'appréciera pas.