Près de vingt années après l'incontournable Nashville, Robert Altman renoue avec le film choral afin d'accoucher de ce qui restera l'un des sommets majeurs de sa prestigieuse filmographie : Short Cuts, somptueux bloc filmique de plus de trois heures s'attardant avec un équilibre aussi élégant qu'éloquent sur une vingtaine de personnages symptomatiques de la société américaine des années 1990 : flics ingrats, pêcheurs irresponsables, boulangers peu commodes ou encore femmes-clowns éhontément draguées et chauffeuses téléphoniques... Robert Altman passe au crible l'Americana avec une subtilité doublée d'une maestria visuelle et musicale peu banale, livrant un authentique chef d'oeuvre de mise en scène logiquement récompensé du Lion d'Or à Venise en 1993.
Oeuvre séminale pour bon nombre de cinéastes des générations à suivre ( la source d'inspiration de Paul Thomas Anderson pour son hénaurme et superbe Magnolia saute aux yeux telle une évidence, mais pas seulement...) Short Cuts appose un regard faussement anodin mais véritablement précieux sur une société aussi ordinaire que pétrie de travers en tous genres : moralité bafouée par autant de personnages clairement imparfaits mais humains dans le même temps, n'empêchant ni l'humour ni la tendresse dans le même mouvement de limpidité. Un film à voir absolument, oeuvre majeure dans la carrière riche en diversité de l'auteur de M*A*S*H* et de Trois Femmes. Unique.