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Moyennement convaincu mais néanmoins plutôt séduit par l’aspect esthétique lors d’un premier visionnage, c’est avec un sentiment mêlé d’agacement et de consternation que je réceptionne pour la deuxième fois le film de Scorsese ; épiphanie aussi d’ailleurs.

Premièrement, Leo Di Capricieux se révèle encore une fois aussi expressif et mature dans ses démonstrations émotionnelles qu’un gamin de 5 ans à qui on aurait arraché le Kinder de la bouche. Alors c’est vrai que jeune il en imposait un peu dans ses rôles de mioches déséquilibrés, mais le soucis c’est qu’à bientôt 40 ans l’ex Kid donne toujours l’impression d’endosser des rôles beaucoup trop larges pour ses épaules ; un peu comme si Michael J. Fox se mettait à porter des vestes à épaulettes.

C’est pour ça qu’il l’a toujours dans l’os, car… voilà un jeu de mot houhouhouhou.

Deuxièmement si la première fois j’avais apprécié la photo et les couleurs c’était sans doute parce que je souffrais d’une conjonctivite carabinée m’ayant empêché de remarquer la multitude —que dis-je—la dougoulinade de plan sur fond vert, de faux ciels numériques et autres intempéries digitales palliant au fait que de nos jours les réalisateurs n’ont plus que ça à foutre que de procéder à des repérages, regarder la météo ou tout simplement saisir l’instant et la lumière furtive. Allez dire ça à Kurosawa qui s’est fait chier pour rien alors qu’il lui suffisait d’attendre un demi siècle pour avoir des plans de ciels et de nuages un tant soit peu acceptable aux yeux de Martin.

D’ailleurs en plus d’une histoire qui se traine comme un manque de culture sur une tartine de gras, brassant aussi bien le thème de la folie que Dorothée la musique classique, ce que j’ai eu du mal à accepter en plus de mouvements horizontaux et verticaux à la Fincher toute les deux secondes, d’effets clipesques redondants (la lumière blanche, les séquences de rêves tout droit sorties d’une pub pour air France), et d’une insistance quasi frontale sur l’instauration d’une ambiance glauque m’as tu vu je souligne au fluo, c’est bien l’incroyable nombre de faux raccords à la minute qui picotent les yeux comme un poil de cul qui tire.

Martin, pauvre pêcheur.

J’ai vu beaucoup d’orgueil et de confiance dans Shutter Island ; ce qui donne un résultat boursouflé à l’égo, sûr de décrocher une ou deux statuettes au passage, quitte à ce que le spectateur aie l’impression de s’asseoir dessus devant son écran.

Le résultat donne un film long et finalement vain, oscillant entre moyennement bon (reconstitution, costume, cadre) et franchement barbant (clichés sur la folie, cabotinages et cachetonnages, purée visuelle bâtarde).

Et que dire de cette musique irritante, mélangeant soi disant diverses pièces de musiques contemporaines (sic), alors que l’effet escompté laisse la place à la sensation d’entendre du sous Shore —au mieux, si ce n’est le résultat sonore de l’endormissement subit d’un apprenti clavièriste, le nez planté sur la plus crispante des notes de son synthé.

Ben voilà, Shutter Island ce n’est pas un bon film. J’en ai rien à secouer qu’il s’agisse d’un Scorsese. Que je sâche, le nom d’un cinéaste n’a jamais été gageure de la constance attendue d’une franchise de fast food, quand bien même la graisse en ait envahi les lettres.
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