Sidonie se rend à Osaka au Japon pour accompagner la réédition de son best-seller.

A sa grande surprise, elle est accueillie par Kenzo Mizoguchi l'éditeur lui-même. A-t-il un lien avec le grand réalisateur japonais Kenji Mizoguchi ? Non lui répond l'homme, ce nom est très répandu au Japon. Dès l'arrivée de Sidonie au Japon, le choc des cultures se fait sentir. Elle se courbe trop pour saluer ses interlocuteurs et Kenzo lui arrache véritablement son sac de l'épaule, uniquement pour la décharger de ce poids. Sans doute ne sait-il pas que la plupart des filles transportent leur vie entière dans leur sac à mains. Sidonie finira par se plier de bonne grâce à cette contrainte (Avertissement : le premier qui s'approche de mon sac n'est pas né, même s'il s'appelle Kenji, Kenzo, voire Koji ou Hirayama (coeur avec les mains)).

Avant cette arrivée, Sidonie a tout fait pour arriver en retard à l'aéroport et rater l'avion. Une hôtesse est ravie de lui annoncer qu'il a trois heures de retard. Et le film sera émaillé ainsi de petites saynètes un peu burlesques au cours desquelles Sidonie/Isabelle affiche une fantaisie et un humour en demi-teinte involontaires qui s'accordent au rythme tranquille de cette flânerie mélancolique.

Lors d'une interview, face à des journalistes nippons Sidonie se livre beaucoup. On apprend donc qu'elle a survécu à la mort de ses parents et plus tard à celle de son mari dans des accidents de voiture alors qu'elle se trouvait chaque fois dans les véhicules. Kenzo lui fera remarquer que les japonais ne se livrent pas aussi facilement, qu'ils gardent leurs sentiments et leurs émotions pour eux. Ce qu'il démontrera la plupart du temps avec une réserve pudique. Jusqu'à ce que le vernis de la bienséance nippone craque pourtant lors d'une soirée où l'alcool déliera la langue et les confidences.

C'est alors que le fantôme d'Antoine le mari de Sidonie lui apparaît. Calme et souriant, il l'accompagne, disparaît puis surgit à nouveau. Sidonie est la seule à pouvoir le voir. Ils peuvent se parler mais ne peuvent se toucher car Antoine n'a plus aucune consistance. Il constate qu'elle est toujours habitée par un chagrin inconsolable dont elle ne peut se débarrasser. Ni elle ni lui n'ont atteint le repos et la tranquillité ; elle dans la vie réelle, lui dans un entre-deux qui commence à lui devenir pesant. C'est lorsque dans une librairie Antoine dira "voilà" que s'éclaire la raison de ses visites. C'est magnifique et apaisant. Et le film démontre comme il arrive parfois que la personne responsable du plus grand chagrin de votre vie est la seule à pouvoir vous en délivrer.

« Les gens comme nous partagent un pays secret », lui dira Kenzo, « sauf que ce pays où nous vivons n’existe pas » répond Sidonie entre deux promenades en compagnie de Kenzo dans des jardins, dans des temples, face à un lac. Le couple hésitant impose avec douceur ses doutes, ses regrets et ses chagrins, en peu de mots. Il est question d'un deuil qui peut-être prendra fin. On se demande qui de l'élégant Kenzo ou de l'envahissant mais tendre fantôme rendra le sourire à Sidonie.

Je ne sais si aimer le Japon passionnément, être en manque de l'être de lumière irremplaçable aident à aimer ce beau film délicat mais le Japon semble être idéal pour accompagner cette errance contemplative au travers de paysages et d'endroits qui invitent à penser, à croire que la vie frémit toujours tant que le coeur bat. Le trio d'acteurs magnifique nous invite avec lui dans sa flânerie.

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le 7 avr. 2024

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