Il y a des films qu’on regarde à contrecœur et pourtant leur impact est parfois tel, qu’il semble difficile de les ignorer. Silenced en fait partie. Inspiré de faits réels, les abus sexuels sur des enfants sourds dans une école de Gwangju, il expose une horreur d’autant plus glaçante que les coupables furent longtemps protégés par le silence des institutions.
Le film de Hwang Dong-hyuk (réalisateur de Squid Game) avance en deux temps : d’abord les agressions, insoutenables ; puis le procès, où tout un système corrompu (juges, policiers, administration) se ligue pour protéger l’institution plutôt que les victimes. Verdict : six mois de prison.
Gong Yoo incarne un professeur qui découvre l’innommable et se heurte à un mur. Les enfants, doublement fragiles, privés de voix et trahis par leurs protecteurs, bouleversent par leur vulnérabilité. Les agresseurs, eux, apparaissent comme des monstres ordinaires, ce qui rend leur cruauté encore plus terrifiante.
Mais au-delà du film surgit une question vertigineuse : pourquoi a-t-il fallu un long-métrage pour que la société réagisse ? Ni le roman (2009), ni la presse n’avaient suffi. C’est seulement après la sortie du film que l’indignation collective a conduit au vote de la « loi Dogani », supprimant la prescription pour certains crimes sexuels contre mineurs et alourdissant les peines. Et l’on frissonne à cette idée : si le film n’avait pas existé, si aucun producteur n’avait osé briser ce tabou, que ce serait-il passé ?