C’est loin de tomber sous le sens mais « Silver Star » est écrit, produit et réalisé par un duo de cinéastes francophones, Ruben Amar et Lola Bessis. Un duo tombé amoureux du cinéma indépendant américain pur jus et qui a décidé de créer sa propre boîte de production de manière à pouvoir tourner leurs propres œuvres aux États-Unis dans la même veine que celles qui les ont inspirées. Et, en effet, sans être au courant on jurerait que ce petit film est un pur produit du cinéma d’auteur de l’Oncle Sam tendance Sundance et consorts. Avec ce road-movie au féminin et en duo, on pense irrémédiablement à « Thelma & Louise » mais en mode forcément plus contemporain, c’est-à-dire sauce woke (mais mesurée, dans le sens bon et premier du terme) et plus automnal. Voir deux femmes aux caractères opposés partir sur la route à la suite d’un incident ramène forcément à ce film, maître-étalon en ce qui concerne les road-movies et/ou les films féministes mais celui-ci trace sa propre route intime et narrative avec brio.
Au début, on suit l’évolution séparée des deux personnages sans grande passion. Les deux ressemblent un peu à des caricatures entre la bimbo prolétaire, toujours en train de parler et pas forcément très intelligente et la dure à cuire afro-américaine, un peu garconne, taiseuse et fraîchement sortie de prison. En outre, « Silver Star » ne semble pas vraiment se démarquer du tout-venant de la production indépendante américaine de prime abord. Mais, sans que l’on s’en rende véritablement compte, on finit par être captivé par les aventures de ces deux femmes meurtries et blessées par la vie. C’est le genre de films qui finalement nous cueille sans crier gare en nous laissant un beau souvenir alors que ce n’était pas gagné. Qui s’apprécie de plus en plus au fur et à mesure qu’il progresse.
Ce qui fait que l’on est conquis par ce second long-métrage du duo de cinéastes est sans conteste l’attachement progressif que le spectateur ressent envers les deux personnages. Non seulement, elles deviennent de plus en plus sympathiques et touchantes plus on apprend à les connaître mais la relation amicale et presque amoureuse qui va se mettre en place entre ces deux femmes est d’une délicatesse confondante en plus d’être superbement retranscrite. La complémentarité de leurs deux caractères finit par faire des étincelles et les séquences où elles s’apprivoisent sont particulièrement émouvantes. Les deux actrices au naturel désarmant sont pour beaucoup dans ce portrait de deux âmes en fuite. On attend la suite avec impatience pour Grace Van Dien et Troy Leigh-Anne Johnson.
Sur la route, on suit donc les péripéties éprouvées par ces deux jeunes femmes avec une attention de plus en plus forte. Entre séquences plus tendues, d’autres véritablement bouleversantes plus on se dirige vers la fin du film et même quelques moments très drôles issus de la différence de caractères des protagonistes et de la gouaille de Franny, on aime ce « Silver Star ». Amar et Bessis soignent aussi leur mise en scène en adaptant leur manière de filmer propre à celles d’œuvres fauchées et tournées dans l’urgence. Il y a même quelques très beaux plans inventifs (celui du miroir) voire même magnifiques, encouragés par les belles couleurs d’automne du New Jersey ou des prises de vues nocturnes au Néon à la « Anora ». Notons aussi que le contexte des reconstitutions de batailles historiques est un décor étonnant et inattendu qui rajoute une touche d’originalité et de charme à cette œuvre sincère et qui finit par nous toucher en plein cœur.
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