Dans une époque antique reculée,une ville orientale vit heureuse sous l'autorité débonnaire d'un vieux sultan sympathique.Mais son vizir Jaffar,un magicien très méchant aux pouvoirs immenses,parvient à prendre sa place.Il veut faire régner les ténèbres et posséder la belle Alina,fille du sultan.Le prince Ali,fiancé de la charmante enfant,déboule à la rescousse en compagnie de ses potes,dont le musculeux aventurier Sinbad le marin.Seulement voilà,ils ne peuvent rien faire car Jaffar a expédié de manière surnaturelle les gemmes nécessaires au bon fonctionnement du patelin et les a dispersés en des contrées lointaines gardées par des créatures féroces.Sinbad et sa bande vont devoir écumer les mers à la recherches des précieuses pierres et vivre plein de péripéties palpitantes.Ou pas.Alors celui-là,c'est du collector de chez collector.En cette fin des eighties,la Cannon version Menahem Golan-Yoram Globus arrivait en fin de parcours,les moguls israéliens cèderont la firme à la MGM en 93.Ils ont donc produit cette série B italienne tenant du nanar de haute compétition.On se demande un peu pourquoi Luigi Cozzi est désormais cité comme coréalisateur du film vu qu'il n'apparait au générique qu'au titre d'auteur de l'histoire originale,et encore est-ce sous son pseudo "américain" de Lewis Coates.Le véritable réalisateur est bien Enzo G. Castellari,également coproducteur et coscénariste avec Tito Carpi.Tout est raté dans ce film à un point que c'en est totalement hilarant et surréaliste.Dès l'entame,on nous informe que ce récit inepte serait tiré d'une nouvelle d'Edgar Poe,lequel aurait été inspiré par les contes des Mille et Une Nuits,et particulièrement par ceux mentionnant Sinbad le marin.Cet illustre parrainage semble plus que douteux,même si Poe a écrit un truc de ce genre,il est fort improbable que ça ait grand rapport avec l'infect magma qui nous est servi ici.Et c'est parti pour un tour avec une maman qui lit le bouquin en question,celui d'Edgar soi-disant,à sa gamine pour l'endormir.On va devoir se fader cette abominable niaiserie tout du long car la mère fait la voix off pendant tout le film,et de temps en temps la caméra revient sur ces deux personnages dans la chambre de la gamine.C'est insupportable de connerie et ça casse un rythme déjà pas folichon.Pour le reste,on chercherait en vain quelque chose qui fonctionne dans ce délirant navet à la godille.Des Sinbad on en a vu beaucoup au ciné,mais un comme ça c'est de l'inédit.Le scénario a été rédigé par des types salement drogués ou alcoolisés,vraisemblablement les deux,et raconte n'importe quoi du début à la fin,à ce niveau-là c'est de la cohérence.Les dialogues,qui se contentent généralement de surligner ce qu'on voit à l'écran,sont d'une stupidité à peine croyable.La photo est purement dégueulasse,et la musique mouline vaguement en arrière-fond.Le montage est schizophrénique avec ses ellipses de la mort qui passent sans crier gare d'un lieu et d'une séquence à une autre.Les effets spéciaux sont accablants de ridicule,et les chorégraphies des combats à se rouler par terre de rire.On voit clairement que les coups ne sont pas portés,que les cascadeurs font des cabrioles forcées,ça s'apparente plus à une bagarre d'ivrognes à la buvette de l'Assemblée qu'à des bastons crédibles.L'imagination est au pouvoir et ça pulse dur dans ce qui tient lieu de cerveau aux auteurs.Un mélange grotesque est balancé en vrac dans la gueule du spectateur médusé,mixant allègrement le vieux péplum culturiste des années 60 et la SF ritale dégénérée des seventies,avec évidemment une lichée de conte oriental foireux style "1001 nuits" au rabais.Jaffar a donc des capacités magiques imbattables,mais il n'arrive jamais à rien,Sinbad et son équipe de bras cassés se sortant de toutes les situations fingers in the nose.On est au 1er siècle,dans un palais oriental,mais Jaja a quand même sa pièce dédiée façon techno-SF où il mène ses expériences amusantes sous des arches métalliques de toute beauté.La salle des tortures est pas mal aussi,avec entre autre un bassin à piranhas et une Vierge de Nuremberg,pourquoi se priver?Sinbad est envoyé au fond d'un cul de basse fosse plein de serpents,mais le gars a de la ressource et communique très bien avec ces charmants animaux,qui vont du coup l'aider à s'échapper.Il faut récupérer les foutus gemmes,on se croirait dans un Marvel,et le délire s'aggrave sec avec les différents défis à relever.Nos Argonautes de pacotille vont devoir se coltiner un géant de pierre,comme dans un bon vieux Maciste,des Amazones qui vont les séduire,les salopes,des zombies en armures sortant de terre,des déjetés cradingues et même un monstre vert gluant qui a dû rappeler à Ferrigno le bon temps de "Hulk".Pendant ce temps,Jaffar suit les opérations sur un écran et rage de voir ses ennemis réussir toutes les épreuves,mais il en réserve encore une bien bonne à Sinbad pour le final.On suit tout ça entre incrédulité,désolation et hilarité,et on est quand même bien content quand ça se termine.Le casting est lui aussi bien barré,avec en figure de proue Lou Ferrigno,tout indiqué pour incarner ce Sinbad hallucinant.Ancien champion de culturisme,rival à l'époque d'Arnold Schwarzenneger sur les podiums,il parait que c'est Schwarzie qui l'a pistonné pour qu'il devienne lui aussi comédien,et ce brave Lou mettra sa musculature à profit pour tenir le rôle principal de la série télé "L'incroyable Hulk".La suite sera plus compliquée et,peut-être à cause de ses origines italiennes,il échouera dans le bis transalpin en jouant dans "Hercule" en 83,et sa suite "Les aventures d'Hercule" en 85,deux films signés,tiens comme on se retrouve,Luigi Cozzi.Il reprenait ainsi le flambeau des culturistes-acteurs des bisseries ritales d'antan,tels Steve Reeves,Reg Park ou autres Gordon Scott qui empilaient les prestations en Hercule ou Maciste.Dire que Ferrigno est mauvais est faible,c'est nettement mieux que ça en réalité.Le gars n'est pas d'une intelligence fracassante,et ça se voit.Il a constamment l'air d'un neuneu,il ne sait pas bouger,n'a aucun sens du timing de jeu et ses grimaces atroces prêtent à s'esclaffer.Il apparait constamment torse-poil et short moulant;autant rentabiliser son physique de Musclor.L'Anglais John Steiner,qui a fait l'essentiel de sa carrière dans le bis italien,a complètement lâché les élastiques en Jaffar.Le gars a compris qu'il ne servait à rien de la jouer sobre et campe un vilain d'anthologie avec ses yeux exorbités,ses mimiques appuyées et ses grands moulinets des bras,exécutant une performance absolument réjouissante,c'est d'ailleurs le seul à surnager dans ce cloaque.Les potes de Sinbad sont très caractérisés et variés,on dirait du woke avant l'heure.Par contre ils sont tous nuls à chier.Roland Wybenga,qui fait le prince Ali,l'Aladin du pauvre,est totalement transparent.Le Japonais Hal Yamanouchi a visiblement été mis là pour assurer la partie kung-fu,car il interprète un Chinois défini comme samouraï alors que les samouraïs sont nippons mais on n'est plus à ça près et ses démonstrations d'art martiaux ont de quoi vous dilater la rate.Le grand chauve Yehuda Efroni est le cuistot de service et l'indispensable nain a les traits de Cork Hubbert,qui sert en principe de comic relief mais se révèle souvent bien utile.Oui,c'est commode un nain,ça se faufile partout et personne ne le voit,surtout que les ennemis ont de sérieux problèmes ophtalmo.Et puis il y a le Viking tout blond-tout barbu joué par Ennio Girolami,le frère de Castellari,car on a bossé en famille.C'est pas des blagues vu qu'une nana finit par apparaître pour coller à Sinbad une petite amie,et c'est Stefania Girolami,la fille du réalisateur, qui doit se taper Ferrigno.Alors elle,on dirait carrément une demeurée,et personne en-dehors de son père n'a dû l'embaucher,ou alors faut aimer le risque.Elle est flanquée d'un papa de fiction qui n'est autre que Leo Gullotta,acteur pas si mauvais mais condamné par son rôle impitoyable.Il est un magicien raté au look Salvador Dali,qui ne s'exprime que dans un langage incompréhensible à base d'onomatopées débiles,va jouer la comédie avec ça.Surprise surprise,la jolie princesse sexy est Alessandra Martines dans une de ses premières apparitions à l'écran,elle qui deviendra dans les années 90 une vedette en France avec les films de son mari d'alors Claude Lelouch.Mais là elle ne l'a pas encore rencontré et elle doit ramer dans cette bousasse où elle passe les trois quarts du temps allongée sur une table à laquelle ce salaud de Jaffar l'a attachée.La plantureuse Teagan Clive,sortie d'on ne sait où,fait forte impression moulée dans une combinaison futuriste peu fournie en tissu.Elle est la complice de Jaffar et on la voit discuter avec lui mais elle ne sert strictement à rien,à part émoustiller le spectateur,et va tout bonnement disparaître brusquement,sans raison ni préavis,genre abandon de poste.Et puis il y a le tandem de choc,la narratrice molle et sa moujingue gnangnan,formé de Daria Nicolodi,l'épouse d'Argento,c'était Daria et Dario,et mère de l'Asia du même nom,et de la petite Giada Cozzi,qui est la fille de Luigi Cozzi.On a travaillé en famille,on vous dit.