Sous ses atours de film d’horreur, Sinners est avant tout un film sur la culture, l’identité et la transmission. Plus proche d’un drame musical et politique que d’un pur film de frissons, le long métrage de Ryan Coogler prend son temps, parfois un peu trop, mais le fait avec une vraie intention.
La première partie, longue et très posée, installe minutieusement ses personnages et son contexte : l’Amérique ségrégationniste des années 1930, une communauté noire qui tente de créer un espace à elle, et le blues comme force vitale, presque mystique. Cette lenteur peut frustrer, mais elle permet au film de construire une atmosphère dense et incarnée, portée par une reconstitution d’époque soignée, une photographie élégante et une bande originale remarquable. Certaines scènes musicales, notamment une certaine scène "transcendantale", sont clairement les moments les plus forts et les plus inspirés du film.
Lorsque Sinners bascule vers le fantastique et l’horreur il ne cherche pas vraiment à faire peur. Le film utilise le fantastique comme un miroir : celui d’une culture admirée, convoitée, puis peu à peu vidée de sa substance.
Coogler mélange alors film de genre, commentaire social et imagerie religieuse, parfois avec un peu trop d’idées à la fois. Le final, plus spectaculaire et sanglant, assume clairement ses influences et offre une forme de catharsis bienvenue même si le film n’évite pas totalement quelques lourdeurs et excès numériques.
Imparfait, parfois déséquilibré, Sinners reste néanmoins une proposition rare et stimulante dans le paysage cinématographique actuel. En 2025, voir un film à gros budget oser autre chose, prendre des risques formels et thématiques et proposer un véritable point de vue, fait du bien.
Un film hybride, original, plus passionnant par ce qu’il tente que par ce qu’il accomplit parfaitement, mais qui mérite clairement le détour.