Sinners est un film proprement mis en scène, bien joué, avec des idées fortes et originales. Le cadre du sud des US est bien mis en place, la violence suinte de toutes les images et des couleurs brûlées, des conflits dans les regards, l'ombre du KKK qui plane dès le début, cette "blanche" qui a du sang noir qui semble avoir une relation amoureuse avec les deux frères noirs, ce prêcheur qui accueille son fils et qui parle du démon....
Bref le film accumule des promesses... mais parole, parole comme dit la chanson.
Les idées fortes restent à l 'état de friche. Et pourtant il y avait des pistes bien sympa à explorer :
Les Indiens : Ils savent. Ils comprennent le danger. Mais ils ne préviennent personne, ne protègent pas la communauté, n’agissent pas réellement. Ils servent de décor mais c'est tout. "Il y a des indiens et oui ils comprennent eux..." et terminé pour cette voie esquissée.
L'irlandais : Il parle de prières, de son peuple, de transformation. Il est fasciné par la musique, par la chanson, par ce qu’elle provoque chez les vivants. Presque spirituel. Intriguant. Mais on n'ira pas plus loin.
Le couple mixte: Le sud empêche cette relation dès le début on parle de peur pour la femme blanche dans des lieux noirs. À la fin, le couple s’affiche ouvertement. On aurait pu parler d’évolution des mœurs, de renversement symbolique du racisme aux États-Unis. Le film n’en fait rien. C’est un constat visuel (et encore), pas un propos.
Le guitariste et le sacré : il a un lien avec le diable, la musique comme pacte, comme canal spirituel une piste immense qui donne droit à une scène énorme musicale (essentielle dans ce film), à des flashbacks, etc.. Pas de conséquence. Pas de prix à payer.
Toi tu montes en tension, tu sens le truc qui va venir. Et rien au final.
En fait le film met du temps à s'installer sans vraiment créer un suspense, dans cette phase on est plus sur un film politique, une sorte de remake d'une Nuit en enfer, le film qui change de genre au milieu, malheureusement le nouveau genre qu'on a attendu pendant plus de 30 min ne sera jamais un film d'horreur (au contraire d'une film sus-cité justement).
Bref, je passe sur les incohérences de la fin du film, les flashback explicatifs qui semblent combler des trous de logiques dans la narration ("si tu tues le chef les autres ne meurent pas, par contre toutes les autres règles fonctionnent) et le double final avec le KKK dont perso je n'ai pas bien compris le sens ou l'intérêt (je m'attendais à une révélation mais comme le reste du film c'est juste du décorum).
Donc, Sinners n’est pas un mauvais film, qui ne se décide pas. C’est un film indécis, saturé de pistes non refermées. Ni politique, ni horreur assumé, ni mythologique, ni social. Un peu de tout.
C’est un film qui ouvre des portes…
et qui sort par la fenêtre.