Sinners
6.6
Sinners

Film de Ryan Coogler (2025)

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Musique, poésie et vampire ? Et si ça marchait ?

Avant de commencer ma critique, je tiens à préciser qu'il vaut mieux avoir déjà vu le film pour la lire, car je pense que Sinners est un film qu'il vaut mieux découvrir sans rien connaître, ni même regarder les bandes-annonces, voilà tout.


Bon, avant de rentrer dans le cœur du récit, je tiens à préciser que je ne suis pas forcément un grand fan de films d’horreur, la plupart du temps parce que ces derniers se ressemblent beaucoup et n’offrent pas toujours plus que de simples frissons avec des screamers. Je dis cela en toute méconnaissance de cause, car je n’ai pas vu tant de films d’horreur jusqu’à présent, mais c’est le constat que j’ai effectué avec la plupart de ceux que j’ai vus, qui, je dois le dire, ne sont pas forcément des classiques. Néanmoins, il m’est déjà arrivé d’avoir envie de frissonner, et c’est pourquoi j’en regarde de temps en temps, mais la plupart du temps mon plaisir s’arrête à ces simples frissons. Sinners ne s’est pas arrêté là. J’avais entendu des choses assez vagues à gauche et à droite sur ce film, et, de par son genre, j’avoue avoir eu des attentes assez faibles, or j’ai été agréablement surpris par ce visionnage qui a remis en question dans mon esprit ce que peut être un film d’horreur…


On découvre alors un univers assez lointain, un Mississippi de 1936 où la ségrégation et le Ku Klux Klan règnent. On retrouve ensuite une intrigue de film plus “classique”, avec des jumeaux qui veulent blanchir de l’argent avec une boîte de blues. Ce projet est central dans la première heure du film, et bien que tout ne soit pas parfait, avec des personnages parfois un peu trop caricaturaux comme les jumeaux, ainsi que des dialogues parfois un peu lourds et peu subtils, où l’on te raconte des histoires un peu sorties de nulle part pour t’expliquer le contexte de l’époque, j’ai quand même trouvé que la composition de l’équipe de musique fonctionnait bien, le tout avec un univers visuellement convaincant et joli. Bref, j’ai été plutôt surpris par cette première partie : bien que tout n’était pas parfait, le cadre, tout en étant ambitieux, fonctionnait plutôt bien et me semblait déjà bien développé pour ce qui était, dans mon esprit, censé être un simple “film d’horreur”.


De plus, on décèle déjà dans cette première heure une certaine poésie à travers les yeux et la journée que vit Sammy. J’ai d’ailleurs trouvé son interprétation très réussie : on sent vraiment que cette journée le marque, le construit, lui apprend et lui donne beaucoup d’assurance, en grande partie grâce à ses cousins. Une construction qui précède bien sûr la destruction qu’il va connaître au cours de la nuit…


Au bout d’une heure de film, alors que jusqu’à présent, sans compter la première scène, tout était lié au business des deux cousins, débarque de nulle part un inconnu chez deux personnages également inconnus pour les spectateurs, des membres du Klan qui couvrent un Blanc poursuivi par des Indiens. On se dit : tiens, des membres du Klan vont attaquer des Noirs à la fête, mais non, aussitôt pensé, aussitôt trompé : ces deux membres se font transformer par leur protégé, qui s’avère être un vampire… Mais donc, qu’est-ce qu’un vampire vient faire là ? Pourquoi, dans ce cadre historique qui tend à un certain réalisme, un vampire arrive-t-il au bout d’une heure ? Je dois le dire, j’étais vraiment sur le cul, dans une grande incompréhension, mais j’avais tout de même hâte de découvrir la suite.


Ensuite, la fête commence, et là, quelle scène : un sublime plan-séquence musical mêlant les époques. C’est visuellement impressionnant, musicalement j’adore, et l’ambiance que dégage cette scène est vraiment géniale. En plus d’être un moment fort, c’est également le tournant du film : c’est cette musique qui va finalement attirer et associer au film une dimension irrationnelle, et qui va donc conduire à l’arrivée des vampires…

Et quelle arrivée ! J’avoue qu’à ce moment-là, j’avais l’impression que c’étaient des vampires-zombies qui allaient arriver dans la salle et mettre tout en sang… mais non : sans costume, ils ont l’élégance de Dracula, sont parfaitement charmants et également de bons musiciens. Ils ne cherchent pas à mordre à vue, mais bien à faire mordre à l’hameçon les autres. Ils dialoguent poliment avec une rhétorique efficace et élégante. J’ai trouvé cette proposition de vampire vraiment pertinente et intéressante. Le parallèle fait entre le vampire irlandais (qui, de par son âge, a aussi connu une oppression aux États-Unis) et la ségrégation est assez réussi.


Ces vampires, ici loin d’être repoussants, sont inhumains, mais pas au sens ignoble : plutôt au sens où ils forment une unité commune avec une perte presque totale de leur identité, bien que justement elle ne soit pas totale. Ici, les vampires se veulent être des purificateurs, avec une égalité hyperbolique ne laissant plus place à l’individualité. Chez eux, l’intolérance n’existe plus, les frontières n’existent plus ; cette vision, dans un autre contexte utopique, nous est présentée ici comme dystopique. Néanmoins, un doute plane sur l’individualité des vampires avec le personnage de Stack et le serment qu’il a fait à son frère.

Le concept de devoir laisser entrer les vampires est aussi intéressant : il y a cette idée de “consentement”, entre gros guillemets, mais cela souligne une nouvelle fois que le diable se doit d’être élégant pour pouvoir s’immiscer dans les gens, et métaphoriquement aussi dans la tête des gens, bien entendu.

Les scènes de danse irlandaise avec les vampires sont vraiment glaçantes, car justement tentantes : l’union de tous ces gens fait autant plaisir que peur, tant on connaît leur véritable nature.


Néanmoins, cette fin de film est loin d’être parfaite, avec la dame d’origine asiatique qui s’est peut-être fait manipuler trop facilement pour laisser les vampires entrer, bien que cela ne m’ait pas trop choqué. Puis la scène de combat est peut-être assez maladroite : à 30 contre 5, on ne voit pas trop comment ils ne se sont pas fait vampiriser en cinq secondes. Mais bon, quoi qu’il en soit, presque tout le monde crève et Sammy et Smoke survivent à la nuit. Visuellement, la mort des vampires était un peu ratée, j’ai trouvé, mais les différentes claques visuelles proposées tout au long du film peuvent pardonner quelques scènes moins convaincantes.


Puis, après avoir affronté les monstres, on affronte des hommes, avec le solo vs squad de Smoke, qui est assez peu crédible et très hollywoodien. Je n’ai pas tant apprécié la séquence de combat avec le Klan et j’aurais peut-être même apprécié qu’il échoue, mais la scène dans laquelle il rejoint sa famille au paradis reste assez belle.


L’épilogue ne répond pas à tout : le film laisse un goût d’incompréhension sur certains éléments, et à vrai dire cela ne me dérange pas ; l’irrationnel peut laisser notre imagination à l’œuvre. J’ai donc beaucoup apprécié ce film, malgré des défauts vraiment apparents qui ne m’ont finalement pas tant dérangé. Les personnages sont certes pour beaucoup caricaturaux et stéréotypés, mais jamais dans un film comme celui-ci, et l’histoire racontée est donc novatrice : on vit ici une réelle expérience unique, et ce film m’a montré que le cinéma horrifique pouvait proposer plus que des frissons. Bien entendu, j’ai conscience de ne pas avoir saisi tous les enjeux du film de par ma méconnaissance historique de la région ainsi que du blues, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier ces aspects, et surtout, et je terminerai sur ça, cette musique vraiment entraînante qui, au-delà de faire vibrer les morts, traverse l’écran et la fiction pour me faire vibrer, moi.





Anwirtz
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Créée

le 2 mars 2026

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