Une découverte …

Bien que réalisé en 2025 par Ryan Coogler (dont je n'avais encore jamais entendu parler), je l'ai vu pour la première fois en DVD. Heureusement …Il m'a fallu le voir quasiment une deuxième fois …

En effet, il y a deux façons de voir ce film. On peut ne prêter attention qu'à la (superbe) BO et on regarde les images qui défilent sans trop se poser de questions. Mais on peut aussi rechercher la signification du film avec la musique en arrière-plan. C'est parce que j'ai tenté la deuxième façon qu'il m'a fallu revoir le film une deuxième fois, ayant eu la nette impression d'être passé à côté au premier visionnage.

La BO a été montée par Ludwig Göranson en s'appuyant sur cette musique noire, le blues qui fait son apparition sur les champs de coton du delta ou de la Louisiane, fin XIX ou début du XXème. Face au gospel, le blues est une composante que certains, dans la communauté noire, considèrent comme diabolique. Dans "Canned Heat Blues", le bluesman Tommy Johnson suggère un embryon d'explication ou plutôt tente une métaphore sur ces aspects diaboliques. De la même façon, le film, dès le début, oppose le pasteur à son fils. Le premier utilise le gospel dans ses offices et se désespère de voir son fils, Sammy, pratiquer le blues, cette musique inspirée par le diable, qui confine au pêché.

Mais cette opposition entre les deux types de musique comporte un autre volet, plus fondamental, c'est que la musique de blues exprime la liberté. Spirituelle quand le blues est chanté sur le lieu de travail. Émancipatrice quand le blues est pratiqué dans ces lieux spécifiques de loisir, les "juke joint", comme dans le film où les gens se regroupent dans la scierie achetée par les deux frères Smoke et Stack (Michael B. Jordan)

De là à penser que le cinéaste ne pouvait transformer son film qu'en un film de vampires, créatures diaboliques issues des cultes vaudous et autres, il y avait un pas que j'ai franchi au cours du premier visionnage. Erreur, car le film me parait beaucoup plus militant que ça. Le départ de la nuit d'horreur est lié à la présence d'un groupe de trois musiciens et chanteurs blancs qui aimeraient bien participer à la fête, attirés par le jeune chanteur de blues, Sammy Preacherboy (Miles Caton) et qui se voient refoulés. Il me semble alors que Ryan Coogler utilise une métaphore pour exprimer la vampirisation ultérieure de la musique de blues par les musiciens blancs …

Le film se partage en deux parties. La première où les deux frères reviennent de Chicago (autre région importante du blues, plus moderne) dans le Mississipi (région d'origine du blues) pour mettre en place ce local dédié au blues après avoir récupéré chez lui, le jeune bluesman prodige Preacherboy (Miles Caton). Cette partie se termine par un véritable moment de grâce pendant cette première soirée dansante où finissent par se superposer plusieurs époques de blues utilisant des guitares acoustiques mais aussi électrifiées. Les attaques de vampires prennent place dans la deuxième partie qui, du coup, me parait un peu moins réussie (ou plutôt moins dans mes goûts …).

Et j'attire l'attention sur le faux générique final qui fait apparaître un récent Buddy Guy avec sa guitare électrique avec des cicatrices sur le visage comme celles de Preacherboy (Miles Caton), préfigurant son propre avenir jusqu'à nos jours. Le blues originel a donc bien su traverser les époques et triompher des épreuves (Le KKK et les vampires) et se porte très bien ...


JeanG55
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