Production britannique se déroulant en Inde. L'histoire d'une jeune femme subissant un mariage arrangé / forcé. Sauf que les deux ne se connaissent pas, et ne sont pas vraiment attirés l'un par l'autre. Le film se découpe en deux parties, avec une rupture de ton et d'atmosphère qui sied bien à l'absurdité et à l'enfer que subit Uma. Le récit commence par une chronique intime, de la protagoniste essayant de s'adapter à cette nouvelle vie, à cet endroit, à ses responsabilités imposées. Puis, le récit glisse vers quelque chose de plus surréaliste et fantastique, s'accordant à la noirceur qui s'empare du quotidien d'Uma. Chaque espace subit aussi un glissement : de l'insouciante découverte à l'instabilité d'une angoisse. Cela permet à Karan Kandhari d'explorer une sensation intime, celle du basculement vers une perception nouvelle de soi.
Ce qui distingue Sister Midnight est sa capacité à faire du mariage arrangé non pas un sujet sociologique, mais le lieu d'une expression corporelle, presque hallucinée et hypnotique. Le cinéaste travaille les couleurs, les lumières, les mouvements comme des états émotionnels, pour que le monde intérieur d'Uma puisse se révéler et s'affirmer. Le film avance par pulsions sensorielles en embrassant la confusion, les hallucinations, les rêves et cauchemars, jusqu’à faire sentir la transformation intime de son héroïne. La mise en scène donne l’impression d’un rituel qui se défait. Le plus agréable est donc que le film plonge de plus en plus dans son concept, avec les moyens du bord et sans se soucier du ridicule, pour mieux embrasser le chaos et l'humour qui cohabitent.