Plusieurs mois après sa découverte à la Semaine de la Critique, les salles obscures françaises accueillent enfin Sleep, premier long-métrage de Jason Yu. Le somnambulisme soudainement déclaré d’un homme vient jeter un trouble constant sur les nuits de sa femme enceinte : à partir d’un concept simple et efficace, usant d’une narration précise, le jeune cinéaste coréen infuse une angoisse épidermique chez son spectateur, qui en vient à redouter – tout en les attendant avec une certaine délectation – ces épisodes de terreur nocturne, souvent mémorables. L’ingéniosité du montage est ici associée à une économie de moyens qui fait de l’appartement conjugal le centre névralgique de la mise en scène, jeu constant entre pénombre et éclaircies passagères. Jason Yu a compris que, pour faire trembler ou sursauter, la surenchère d’effets est tout à fait vaine. C’est au cœur du couple – cette intimité étrangement partagée avec un autre – que se niche le potentiel horrifique, parfaitement exploité, de Sleep. Et si le film perd de sa puissance suggestive dans son dernier tiers, il n’en reste pas moins une belle promesse.