L'érotisme froid des soirées "privées" et les déviances ds riches sociétés est un sujet de fantasmes réguliers qui a donné un peu de tout, des films érotiques des années 70 à Eyes Wide Shut. C'est souvent la recherche d'une esthétique glacée qui prime dans ces films, Sleeping Beauty n'y échappe pas, et le fait même avec un certains brio. La mise en scène cadencée est implacable, les plans séquence s'enchaine avec une précision suisse (moi savoyard ? pas du tout ...), donnant à l'ensemble un caractère certes quelques peu anxiogène, mais surtout inéluctable.
Mais dans un premier temps, au milieu d'une obscénité ambiante, on s'étonne assez largement de la pudeur de la réalisatrice qui n'ose d'abord même pas faire retirer son soutien gorge à l'héroïne, alors que l'on est vulgairement en train de tâter la marchandise. Puritanisme feint pour passer la censure (raté...) ? La réponse ne se fait pas attendre, son corps et surtout son sexe doivent être des temples, malgré la réalité des faits ; elle semble se prostituer dans un bar ou aguicher les hommes, on ne sait pas bien.
Le film devient alors un jeu de représentation. On oppose son corps blanc et caché à celui des maitresses SM noir et exhibé, le corps simplement nu au corps érotisé. Et puis il y a ce que l'on en fait, l'amoureux transi qui plie délicatement le drap pour cacher son pubis (comme si il prenait en compte notre regard), le pervers sadique (mais conscient de son impuissance), le badaud qui ne sait pas quoi faire si on ne lui dit pas comment s'y prendre. Autant de métaphores et de stéréotypes du spectateur, autant de questionnement sur notre regard, c'est n'est pas sa sexualité qui fera vendre, mais celle que l'on projette sur elle, encore faut-il pouvoir le faire sans aide...
Pourtant si l'extérieur est limpide, tout ce que l'on voit s'explique, l'intérieur reste fermé inaccessible. Impossible de savoir pourquoi elle fait ça, elle n'a pas besoin d'argent elle le brûle, quelle est sa relation avec bird, pourquoi elle pleure, ni même ce qui se passe pendant ces séance médicale. On voit tout, on a tous les éléments, on ne sait rien, au mieux elle pourrait nous le dire, il faudrait la croire. Tout comme ce coup du jeu de go (un jeu ou l'ordinateur est beaucoup moins bon qu'au échecs), on a tous les éléments sous les yeux, on ne comprend pas le maitre, tout comme cette caméra de la scène de fin, qui a tout vu et qui n'expliquera rien.
La métaphore est sans doute trop littéral, la critique du regard masculin sans doute trop univoque et, comme avec Bonello, la partition très théorique et littérale peut gêner. Mais j'ai été saisi le film, calme mais instopable. Par contre comme pour l'Apollonide, une question demeure, aurait-on pu dire la même chose sans le luxe, sans l'argent, les pauvres ne vivraient que des idylles amoureuses innocentes ? (ou alors ça fait beau que dans les documentaires).
PS : j'ai eu du mal à écrire cette critique qui est du coup encore plus longue et imbittable que les autres, mais bon...