Depuis un bout de temps - on va dire une dizaine d’années - la carrière de Russell Crowe, à l’affiche de certains des plus grands films du début du millénaire et récompensé d’un Oscar pour « Gladiator », ressemble de plus en plus à celle d’un Nicolas Cage ou d’un Bruce Willis la décennie précédente. En effet, l’acteur semble prendre un mauvais virage mercantile où il privilégie la quantité à la qualité et se retrouve dans d’obscures séries B pour cachetonner comme « L’Exorciste du Vatican » et dont certaines directement destinées au marché de la VOD dans la plupart des pays comme ce « Sleeping Dogs ». Ou alors il reçoit un beau chèque en second rôle de luxe dans des blockbusters comme avec les films de super-héros (dans « Kraven le Chasseur » pour Sony ou en Zeus dans la saga « Thor »). Une fois de temps en temps, il nous propose un film qui sort du lot, plus pointu et avec de véritables ambitions artistiques comme « Boy Erased » ou tout simplement réussi comme le hargneux « Enragé ». Avec « Sleeping Dogs » on est donc plutôt dans la première catégorie puisque le film n’est pas sorti en salles dans beaucoup d’endroits, qu’il a un budget minuscule et qu’il ne développe pas vraiment de velléités artistiques notables. Il n’empêche, tout n’est pas à jeter dans cette série B et on peut même constater qu’on y prend un certain plaisir et qu’on est captivé par l’intrigue aussi tentaculaire que (volontairement?) improbable qu’on nous propose ici. De plus, l’acteur y est plutôt bon, pas dans certains de ses excès ridicules récents.
Au début, on pourrait croire à un plagiat du film culte « Memento » de Christopher Nolan avec son personnage principal qui perd la mémoire et qui note tout. C’est d’ailleurs sur la base de ce principe que, parfois, le long-métrage n’a pas beaucoup de sens : il se repose trop dessus quand ça arrange bien le scénario ainsi que la progression de l’intrigue (et le traitement soi-disant révolutionnaire qu’on lui administre et qui permet aux souvenirs de revenir a bon dos). Ceci mis de côté même si ce qui autorise notamment de manière trop facile le rebondissement spectaculaire final, on se prend au jeu. « Sleeping dogs » propose une ambiance et une intrigue presque old school. En ce sens que ce meurtre qu’on déterre, ces très nombreux personnages, ces pistes qu’on emprunte comme dans un polar de gare, ces flashbacks un peu kitsch et ce traitement visuel très appliqué mais qu’on ressent un peu vintage également, tout cela participe à nous replonger dans ce type de suspense qui couraient les écrans au début des années 2000. Mais ça a son charme et on ne voit pas le temps passer sur les presque deux heures que dure le film. Si l’intrigue est inutilement complexe (et au final pas toujours sensée si l’on creuse bien, avec un script qui laisse trous et invraisemblances), elle est assez ludique et captivante en plus d’acteurs investis et d’un réalisateur qui soigne ses effets. Voilà donc un film prenant et pas trop mal fagoté qui remue gentiment les neurones et notre suspicion de spectateur.
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